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Lettre ouverte du CIRESC à nos gouvernants sur la reconstruction d'Haïti

On ne saurait reconstruire un pays, dans le sens noble du terme, sans penser à la formation de ses citoyens. Une reconstruction qui vise l'autonomie passe nécessairement par là aussi. Au moment même où le président de la république, Nicolas Sarkozy, s'apprête à se rendre en Haiti, visite attendue par les deux peuples, les intiatives, les appels à l'amélioration des liens entre les deux pays se multiplient. Dans la continuité de ma note du 7 février, je poste ici une lettre ouverte du CIRESC (Centre international de recherche sur l'esclavage) qui m'a été transmise par l'historien Jacques de Cauna. La lettre a été publiée dans le Sud Ouest du 12 février.

Cela fait des années que de Cauna - fin connaisseur d'Haïti, dont la qualité du travail et l'investissement personnel sont reconnus par ses paires et par la république d'Haïti - se remue pour des relations plus étroites et plus fortes entre la France et Haïti. Il faut espérer que nos gouvernants sauront ententre lui et tous ceux qui portent le projet Ciresc; et surtout qu'ils sauront agir.

La lettre:

Lettre Ouverte du CIRESC

Soutenir la reconstruction du système éducatif et de recherche d'Haïti

Toutes nos pensées sont tournées en ce moment vers Haïti, pays où nous avons des racines, des amis, société avec laquelle nous travaillons - à travers des programmes de recherche menés avec des enseignants et des chercheurs haïtiens ou des enseignements que nous y faisons, ou encore des étudiants que nous formons -, pays aussi que nous étudions pour sa contribution à l'histoire de l'Humanité et à celle de la Liberté. Nous présentons nos sincères condoléances à chaque Haïtien et nous voudrions, plus particulièrement, les adresser à nos collègues des écoles et des universités ruinées par le tremblement de terre.

L'ampleur du désastre est choquante mais au-delà des urgences vitales, il faut déjà penser à l'avenir et soutenir la reconstruction d'un système éducatif et de recherche, gage d'un avenir meilleur... s'il est bien organisé. Le « séisme de décrochement » qu'a connu Haïti devrait inviter à prendre cette rupture dramatique et fatale à trop d'Haïtiens comme le signal des changements nécessaires à opérer vis-à-vis de ce pays, notamment en termes de représentations d'Haïti et de conception de la solidarité internationale, les deux étant liés. Nulle « fatalité », ni « malédiction » dans la destruction de la majeure partie des structures éducatives mais plutôt effet de l'exode rural et installation dans des zones d'habitat précaires. Nulle « agitation », ni « désordre » mais dignité  et  résilience  dans les descriptions de l'écroulement des bâtiments de l'Ecole Normale Supérieure et dans les demandes de reprise des cours que font parvenir nos correspondants haïtiens grâce à l'incroyable mobilisation des réseaux de recherche internationaux à travers les réseaux Internet. Les clés d'Haïti ne sont pas remises aux étrangers comme le dit le Président d'Haïti, René Préval, même si la solidarité est demandée à la communauté internationale.

Gérard Barthélémy, anthropologue récemment disparu, n'a eu de cesse de rappeler que le mal développement en Haïti était inversement proportionnel à l'aide internationale apportée au pays, il faut sans doute se le rappeler aujourd'hui en ce qui concerne la formation. Il faut éviter que le réseau éducatif soit reconstruit sur des initiatives dispersées, lancées par des nations, des organismes, ou des individus. Sous l'égide des responsables haïtiens, un schéma global intégrant aussi bien les formations primaires, l'enseignement technique (agriculture, artisanat) que le supérieur et aussi la formation d'enseignants doit être établi. C'est la raison pour laquelle, dans la perspective de la prochaine conférence de Montréal du 25 janvier prochain, nous demandons à chacun de nos gouvernements, et ici au gouvernement français, d'en appeler à l'organisation d'un plan international qui mettrait en synergie toutes les compétences qui peuvent concourir à la remise en route du réseau éducatif et de recherche en Haïti, fondement de la vitalité culturelle et intellectuelle de ce pays et garantie de sa survie.

Sans attendre cependant ces décisions futures, il est indispensable de soutenir les chercheurs et étudiants haïtiens au niveau des pays et universités qui les accueillent actuellement.  Pour la France, nous demandons au Ministre de l'Education Nationale, à la Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ainsi qu'aux Présidents des instituts de recherche et d'enseignement supérieur le financement de « chaires Haïti » qui permettraient de recevoir des chercheurs et des enseignants, la création de bourses destinées aux étudiants haïtiens, la mise en place de missions d'enseignement et de formation en Haïti selon les besoins exprimés par nos interlocuteurs. Nous demandons au Ministre de l'Intérieur, l'attribution plus souple de visas pour les étudiants qui veulent venir étudier en France. Il en va de notre honneur d'enseignants, de chercheurs et de citoyens dans la communauté internationale.

Signatures

  • Myriam Cottias, Directrice de recherche au CNRS, Centre International de Recherches sur les Esclavages, EURESCL (7e PCRD), CRPLC, Université des Antilles et de la Guyane.
  • António de Almeida Mendes, Maître de Conférences, Université de Nantes, Centre International de Recherches sur les Esclavages (CIRESC)
  • Jacques de Cauna, Docteur d'Etat, Université de Pau, Centre International de Recherches sur les Esclavages (CIRESC), Commandeur Ordre national Honneur et Mérite de la République d'Haïti
  • Elikia M'Bokolo, Directeur d'Etudes à l'EHESS et CIRESC
  • Ibrahima Seck, historien, Professeur à l'Université Cheikh Anta Diop, Dakar, Sénégal, et CIRESC
  • Paul Lovejoy, University of  Hull (G.-B) et CIRESC
  • Marie-Albane de Suremain, Université Paris Est, CIRESC
  • Cédric Audebert, CRS Migrinter et CIRESC
  • Catherine Coquery-Vidrovitch, CIRESC
  • Michel De Waele, Directeur du département d'histoire, Université de Laval, Canada
  • Gérard Noiriel, historien, Directeur d'Etudes à l'EHESS
  • Jean-Marie Théodat, Maître de Conférences Université Panthéon-Sorbonne, laboratoire PRODIG.
  • Bogumil Jewsiewicki, Université Laval (Canada)
  • Francine Saillant, Directrice du CÉLAT, Université Laval, Québec
  • ..., etc (497 signatures au 1er février 2010)

 

Contact : ciresc@ehess.fr

Pilotage CIRESC

Responsable

  • Myriam Cottias, Historienne, Directrice de recherches, CNRS, Université des Antilles et de la Guyane

Membres du Bureau

  • Antonio de Almeida Mendes, Historien, Maître de conférences, Université de Nantes, France.
  • Cédric Audebert, Géographe, Chargé de recherches, CNRS, Migrinter, Université de Poitiers, France.
  • Myriam Cottias, Historienne, Chargée de recherches, CNRS, Université des Antilles et de la Guyane.
  • Elisabeth Cunin, Anthropologue, Chargée de recherches, IRD.
  • Issiaka Mandé, Historien, Sedet, Université Paris 7 Denis Diderot, France.
  • Dominique Rogers, Historienne, Maître de conférences, Université des Antilles

Membres du Comité scientifique

  • Luiz Felipe de Alencastro, Historien, Professeur, Université Paris IV, France.
  • Carmen Bernand, Anthropologue, Professeur émérite, Université de Paris X, France.
  • Jean-Luc Bonniol, Anthropologue, Professeur, Université d'Aix-Marseille, France.
  • Roger Botte, Anthropologue, Chargé de recherches, CNRS, EHESS, France.
  • Jacques de Cauna, Historien, professeur détaché, Université de Pau et des Pays de l'Adour, France.
  • Christine Chivallon, Géographe, Chargée de recherches, CNRS, Université de
  • Catherine Coquery-Vidrovitch, Historienne, Professeur émérite, Université de Paris VII, France.
  • Patrice Courtaud, Anthropologue, Ingénieur de recherches, Université de Bordeaux, France.
  • Jean-Michel Deveau, Historien, Professeur des Universités de Nice, Sophia et Antipolis, France.
  • Marcel Dorigny, Historien, Maître de conférences, Université de Paris VIII, France.
  • Fitte-Duval, Annie, Juriste, Maître de conférences, Université de Pau et des pays de l'Adour, France.
  • França Paiva, Eduardo, Historien, Universidade Federal de Minas Gerais, Brésil.
  • Sudel Fuma, Historien, Professeur, Université de la Réunion.
  • Juan Carlos Garavaglia, Historien, Directeur d'études, EHESS, France.
  • Jean Hébrard, Historien, Professeur associé, EHESS, France.
  • Bogumil Jewsiewicki, Historien, Professeur, Université de Laval, Canada.
  • Marie-José Jolivet, Anthropologue, Directeur de recherche, IRD, France.
  • Julie Lirus, Anthropologue, Professeur, Université de Paris VII, France.
  • Anne-Marie Losonczy, Anthropologue, Directeur d'études, EPHE, France.
  • Elikia M'Bokolo, Historien, Directeur d'études, EHESS, France.
  • Pap Ndiaye, Historien, Maître de conférences, EHESS, France.
  • Jean-François Niort, Juriste, Maitre de conférences, Université des Antilles et de la Guyane, France.
  • Olivier Pétré-Grenouilleau, Historien, Professeur, Université de Lorient, France.
  • Fabienne Plazolles Guillen Diop, Historienne, Université de Pau et des Pays de Ladour, France.
  • Jean-Pierre Sainton, Historien, Maître de conférences, Université des Antilles et de la Guyane, France.
  • Nelly Schmidt, Historienne, Directeur de recherches, CNRS, France.
  • Alessandro Stella, Historien, chargé de recherches, CNRS, France.
  • Ibrahima Thioub, Historien, Professeur, Université Cheik Anta Diop, Sénégal.
  • Salah Trabelsi, Historien, Maître de conférences, Université de Lyon II, France.
  • Françoise Vergès, Professeur, Goldsmiths College, Université de Londres, Royaume-Uni.
  • Cécile Vidal, Historienne, Maître de conférences, EHESS, Paris, France.
  • Bernard Vincent, Historien, Directeur d'études, EHESS, France.

Membres du Comité pour les ressources pédagogiques

  • Thierry Aprile, PRAG en Histoire, IUFM de Créteil, France.
  • Eric Mesnard, PRAG en Histoire, IUFM de Créteil, France.
  • Marie-Albane de Suremain, Historienne, Maître de Conférences, IUFM de Créteil, France.

Commentaires

  • .Pourquoi ne pas avoir confié ce mandat à des gens qui parlent la langue de l'Haïtien plutôt que de confier cette tâche à des gens qui ne peuvent communiquer avec les «indigènes». Pourtant il y a près de «7» millions de Québécois qui parlent la langue de ces gens et plus de 60 millions de Français qui peuvent agir aussi biensinon mieux que les Étatsuniens qui organisent le monde dans le désordre le plus complet. Ce n'est pas parce qu'ils sont près , géographiquement de «Haïti»,qu'on doit confier ce mandat à Bill Clinton qui ne pourra comuniquer avec ces gens. Lorsque nous disons que les Anglo-saxons veulent voir disparaître l'influience du français dans l'espace américain et dans le monde, il n'y a pas de moyen plus efficace que celui de prendre toute la place dans tous les domaines de la vie des peuples.L'exemple d'Haïti» en est le parfait modèle

  • Latex,

    J'avoue ne pas trop savoir comment vous répondre: votre commentaire porte sur bon nombres de choses et me semble un peu éloigné de la note sur le CIRESC en dessous de laquelle vous réagissez. Je suppose que vous souhaitiez échanger un peu sur la place dans la langue française dans le monde, la reconstruction d'Haïti par les Haïtiens et hégémonie américaine. Je vais faire de mon mieux pour aborder tout cela.

    Même si l'influence du français est en recul, je ne suis pas certain qu'Haïti soit une bonne illustration de "l'anglicisation" du monde. Les Haïtiens sont tournés vers les US du fait de la géographie mais le français reste une langue officielle en Haïti; cela malgré le fait que le pays ait été occupé par les américains. Il y a beaucoup plus d'intellectuels haïtiens qui parlent le français qu'il n'y en a qui parlent l'anglais.

    Par contre, s'agissant de la place du français dans le monde, vous avez raison. C'est une langue qui perd de son influence. Très peu de gens cherchent à la parler. Cela en dit long sur la place de la France dans le monde. C'est un pays dont l'influence n'a cessé de reculer. Le fait que nous devenons de plus en plus nombriliste, franco-français et quasiment ethnocentrique ne va pas arranger les choses: le débat sur l'identité nationale rend bien compte de ce repli national car son objectif n'a pas été d'interroger la place de la France dans le monde mais comment être un bon Français. Paradoxalement, les US attire davantage les intellectuels maitrisant le français que le ne fait la France. Donc, la France est aussi comptable de ce qui lui arrive.

    Vous mentionnez le Canada, les Québécois. Le pays dont ils sont citoyens, le Canada, est tout aussi comptable de la perte de vitesse du français. Le Canada traite en priorité avec son grand voisin. A titre d'exemple, lorsque Nicolas Sarkozy annonce une grande conférence pour aider à la reconstruction d'Haïti, l'initiative a été reprise par le Canada et les US, avec le Brésil en invité (voir ma note du 7/02/2010: http://cartercharles.hautetfort.com/archive/2010/02/07/reconstruction-d-haiti-que-peut-faire-la-france.html . Comme je le dis dans cette note, les US ont cherché à avoir une légitimité en Haïti; ce que n'a pas fait la France.

    Je suis de ceux qui souhaitent de meilleures relations entre la France et Haïti. La visite de Nicolas Sarkozy, même si elle a été décevante à certains égards, en est un bon début. Ce "début" doit être suivi d'effets.

    Oui, la distance entre les US et Haïti joue énormément dans la géopolitique régionale. Mais une fois de plus, les États-Unis ont une légitimité qu'on accepte de leur accorder de par l'absence des pays dont Haïti est culturellement et historiquement plus proche. Par ailleurs, sans être "américanocrate", je dirai qu'il ne faut pas verser dans l'anti-américanisme primaire. Ce n'est pas plus mal qu'ils viennent en aide au pays. On connait les intérêts, mais Haïti est aussi un défit pour les US. Quand on a deux guerres sur les bras, il faut bien une "vitrine" pour essayer de se montrer sous de meilleurs jours. Ce qu'il faut c'est surtout que les Haïtiens s'imposent dans leur pays. C'est que les Haïtiens et amis d'Haïti, où qu'ils se trouvent, s'investissent et fassent pression sur les Étasuniens afin que la reconstruction soit une réussite. C'est en ce sens que le CIRESC a fait appel au gouvernement français, demandant qu'on l'aide à former de jeunes haïtiens qui pourront ensuite retourner là-bas et prendre les choses en mains.

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