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  • Mais, quelle mouche a piqué Ali Soumaré ?

    h_4_ill_1271477_ali-soumare.jpgCette affaire prend une tournure très américaine : pour être élu en France, il faut montrer patte blanche ! Belle expression qui, dans le cas d'Ali Soumaré, tête de liste PS pour les régionales du Val-d'Oise, n'est pas sans arrières pensées. Dans son cas, "montrer patte blanche" a deux explications possibles : l'une explicite et portée sur la place publique, l'autre implicite.

    Bien entendu, personne n'a osé utiliser l'expression dans la campagne des régionales du Val-d'Oise. Quoiqu'il en soit, Ali Soumaré n'a pas montré "patte blanche". Il n'a pas un casier judiciaire "vierge". Eh oui, certains veulent nous faire croire que pour être élu dans ce pays, on ne doit jamais avoir commis de délits dans sa vie. Et pas besoin de la justice pour dire si l'on reste éligible ou pas.

    Soit. Allons jusqu'au bout de la logique. Opération "mains propres": virons tous nos élus mêlés à de sales affaires, tous ceux qui ont commis un "petit" délit de fuite, un excès de vitesse... bref, toutes les violences faites à la république. Je me demande combien il en resterait aux affaires.

    Sinon, c'est vraiment nauséabonde de mettre Soumaré sur le pilori. C'est une façon d'exclure tous les "petits" repris de justice qui n'ont pas le bras suffisamment long pour faire taire leur passé. Mais quelle mouche a piqué ce Soumaré? Il aurait dû y penser! On ne vient pas jouer dans la cour des grands quand on a été "délinquant des cités"! Il faut avoir été un "délinquant des élites", des hautes sphères pour jouer au jeu "noble" qu'est la politique, mon p'tit gars ! Bon, aller, il est plus grand que moi de plus d'une tête.

    Mais enfin, c'est vrai, Soumaré est un petit gars dans le monde politique, que le PS laisse se démerder tout seul. Car, "Ali Soumaré embarrasse le PS francilien", titre le Figaro.fr de ce matin. Face à la démarche qui consiste à le discréditer en publiant son "quasi" casier judiciaire sur la place publique, le PS se serait contenté de dire "qu'Ali Soumaré allait poursuivre en diffamation les responsables UMP du Val-d'Oise". C'est bien le parti socialiste, ça. Quand l'UMP fait bloque derrière ses membres (cas Penchard est le dernier en date), le PS se la joue "à la Ponce Pilate", il s'en lave les mains. Il lâche en pâture : souvenez-vous du cas de Julien Dray.

    En attendant une hypothétique prise de position plus ferme du PS, devinez qui vole au secours de Soumaré ? Jean-Paul Huchon. Wow ! Il n'y a rien de mieux pour valider la critique adverse que Soumaré soit un "délinquant  multirécidiviste" ! Huchon a récemment été condamné pour prise illégale d'intérêt. En d'autres termes, c'est un "délinquant" qui vole au secours d'un autre. Mais bon, faisons feu de tout bois.

    Contrairement à Huchon, Soumaré n'a pas d'assise politique ; ses reins ne sont pas assez solides pour contenir les pressions politiques et médiatiques qui s'abattent sur lui. Et, contrairement à Huchon, les déterminismes sociaux jouent contre lui. Il n'a donc aucune chance.

    Mais il n'y a pas que l'attitude du PS qui soit à critiquer dans cette affaire. La stratégie de l'UMP locale est à vomir. C'est que la candidature de Soumaré est alarmante, elle menace la république des "civilisés" jamais condamnés ou mis en garde-à-vue. Selon un député-maire UMP, s'il s'avère que le PS était au courant des démêlés de Soumaré avec les forces de l'ordre et la justice, "...ce serait un coup odieux porté à la valeur de la diversité que d'avoir choisi, pour la représenter, un délinquant multirécidiviste." Franchement, celui-là n'a pas de leçon à recevoir de Frédéric Lefèvre! Il ne doit pas savoir que les jeunes des cités qui n'ont pas eu des soucis avec les forces de l'ordre sont une espèce rare. Ce genre de discours exclut de fait un pan entier de la société française du système politique.

    En anglais cela s'appelle "disenfranchize". Osera-t-on parler de "dénaturalisation"? Car, selon mes dernières connaissances, s'il n'y a pas d'inégibilité déclarée par les tribunaux compétents, le retrait des droits civiques et politiques des citoyens ne peut se faire que par la "dénaturalisation". Mais bon, je peux avoir manqué un chapitre.

    "Quoi, t'as pas tes papiers ? Tu viens avec nous au commissariat !" Quelle naïveté de ma part que d'avoir pensé que ces enfants de secondes zones faisaient partie de la république. Mais, tu débloques Carter!

    Et Valérie Pécresse, qui n'est quand même pas rien dans l'appareil UMP sur le plan national, de renvoyer le PS à ses responsabilités d'avoir présenté un repris de justice face à la noble classe politique régionale ! Mais quel affront ! Pardon, madame la baronne ! Il eu fallu mettre ce voyou aux fers et l'expédier aux bagnes! Ah oui, l'outre-mer n'est plus la prison à ciel ouvert de la métropole.

    La seule responsabilité qui vaille c'est que le parti socialiste fasse cesser ce lynchage politique, duquel il s'est rendu complice de par son silence.

  • Lettre ouverte du CIRESC à nos gouvernants sur la reconstruction d'Haïti

    On ne saurait reconstruire un pays, dans le sens noble du terme, sans penser à la formation de ses citoyens. Une reconstruction qui vise l'autonomie passe nécessairement par là aussi. Au moment même où le président de la république, Nicolas Sarkozy, s'apprête à se rendre en Haiti, visite attendue par les deux peuples, les intiatives, les appels à l'amélioration des liens entre les deux pays se multiplient. Dans la continuité de ma note du 7 février, je poste ici une lettre ouverte du CIRESC (Centre international de recherche sur l'esclavage) qui m'a été transmise par l'historien Jacques de Cauna. La lettre a été publiée dans le Sud Ouest du 12 février.

    Cela fait des années que de Cauna - fin connaisseur d'Haïti, dont la qualité du travail et l'investissement personnel sont reconnus par ses paires et par la république d'Haïti - se remue pour des relations plus étroites et plus fortes entre la France et Haïti. Il faut espérer que nos gouvernants sauront ententre lui et tous ceux qui portent le projet Ciresc; et surtout qu'ils sauront agir.

    La lettre:

    Lettre Ouverte du CIRESC

    Soutenir la reconstruction du système éducatif et de recherche d'Haïti

    Toutes nos pensées sont tournées en ce moment vers Haïti, pays où nous avons des racines, des amis, société avec laquelle nous travaillons - à travers des programmes de recherche menés avec des enseignants et des chercheurs haïtiens ou des enseignements que nous y faisons, ou encore des étudiants que nous formons -, pays aussi que nous étudions pour sa contribution à l'histoire de l'Humanité et à celle de la Liberté. Nous présentons nos sincères condoléances à chaque Haïtien et nous voudrions, plus particulièrement, les adresser à nos collègues des écoles et des universités ruinées par le tremblement de terre.

    L'ampleur du désastre est choquante mais au-delà des urgences vitales, il faut déjà penser à l'avenir et soutenir la reconstruction d'un système éducatif et de recherche, gage d'un avenir meilleur... s'il est bien organisé. Le « séisme de décrochement » qu'a connu Haïti devrait inviter à prendre cette rupture dramatique et fatale à trop d'Haïtiens comme le signal des changements nécessaires à opérer vis-à-vis de ce pays, notamment en termes de représentations d'Haïti et de conception de la solidarité internationale, les deux étant liés. Nulle « fatalité », ni « malédiction » dans la destruction de la majeure partie des structures éducatives mais plutôt effet de l'exode rural et installation dans des zones d'habitat précaires. Nulle « agitation », ni « désordre » mais dignité  et  résilience  dans les descriptions de l'écroulement des bâtiments de l'Ecole Normale Supérieure et dans les demandes de reprise des cours que font parvenir nos correspondants haïtiens grâce à l'incroyable mobilisation des réseaux de recherche internationaux à travers les réseaux Internet. Les clés d'Haïti ne sont pas remises aux étrangers comme le dit le Président d'Haïti, René Préval, même si la solidarité est demandée à la communauté internationale.

    Gérard Barthélémy, anthropologue récemment disparu, n'a eu de cesse de rappeler que le mal développement en Haïti était inversement proportionnel à l'aide internationale apportée au pays, il faut sans doute se le rappeler aujourd'hui en ce qui concerne la formation. Il faut éviter que le réseau éducatif soit reconstruit sur des initiatives dispersées, lancées par des nations, des organismes, ou des individus. Sous l'égide des responsables haïtiens, un schéma global intégrant aussi bien les formations primaires, l'enseignement technique (agriculture, artisanat) que le supérieur et aussi la formation d'enseignants doit être établi. C'est la raison pour laquelle, dans la perspective de la prochaine conférence de Montréal du 25 janvier prochain, nous demandons à chacun de nos gouvernements, et ici au gouvernement français, d'en appeler à l'organisation d'un plan international qui mettrait en synergie toutes les compétences qui peuvent concourir à la remise en route du réseau éducatif et de recherche en Haïti, fondement de la vitalité culturelle et intellectuelle de ce pays et garantie de sa survie.

    Sans attendre cependant ces décisions futures, il est indispensable de soutenir les chercheurs et étudiants haïtiens au niveau des pays et universités qui les accueillent actuellement.  Pour la France, nous demandons au Ministre de l'Education Nationale, à la Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ainsi qu'aux Présidents des instituts de recherche et d'enseignement supérieur le financement de « chaires Haïti » qui permettraient de recevoir des chercheurs et des enseignants, la création de bourses destinées aux étudiants haïtiens, la mise en place de missions d'enseignement et de formation en Haïti selon les besoins exprimés par nos interlocuteurs. Nous demandons au Ministre de l'Intérieur, l'attribution plus souple de visas pour les étudiants qui veulent venir étudier en France. Il en va de notre honneur d'enseignants, de chercheurs et de citoyens dans la communauté internationale.

    Signatures

    • Myriam Cottias, Directrice de recherche au CNRS, Centre International de Recherches sur les Esclavages, EURESCL (7e PCRD), CRPLC, Université des Antilles et de la Guyane.
    • António de Almeida Mendes, Maître de Conférences, Université de Nantes, Centre International de Recherches sur les Esclavages (CIRESC)
    • Jacques de Cauna, Docteur d'Etat, Université de Pau, Centre International de Recherches sur les Esclavages (CIRESC), Commandeur Ordre national Honneur et Mérite de la République d'Haïti
    • Elikia M'Bokolo, Directeur d'Etudes à l'EHESS et CIRESC
    • Ibrahima Seck, historien, Professeur à l'Université Cheikh Anta Diop, Dakar, Sénégal, et CIRESC
    • Paul Lovejoy, University of  Hull (G.-B) et CIRESC
    • Marie-Albane de Suremain, Université Paris Est, CIRESC
    • Cédric Audebert, CRS Migrinter et CIRESC
    • Catherine Coquery-Vidrovitch, CIRESC
    • Michel De Waele, Directeur du département d'histoire, Université de Laval, Canada
    • Gérard Noiriel, historien, Directeur d'Etudes à l'EHESS
    • Jean-Marie Théodat, Maître de Conférences Université Panthéon-Sorbonne, laboratoire PRODIG.
    • Bogumil Jewsiewicki, Université Laval (Canada)
    • Francine Saillant, Directrice du CÉLAT, Université Laval, Québec
    • ..., etc (497 signatures au 1er février 2010)

     

    Contact : ciresc@ehess.fr

    Pilotage CIRESC

    Responsable

    • Myriam Cottias, Historienne, Directrice de recherches, CNRS, Université des Antilles et de la Guyane

    Membres du Bureau

    • Antonio de Almeida Mendes, Historien, Maître de conférences, Université de Nantes, France.
    • Cédric Audebert, Géographe, Chargé de recherches, CNRS, Migrinter, Université de Poitiers, France.
    • Myriam Cottias, Historienne, Chargée de recherches, CNRS, Université des Antilles et de la Guyane.
    • Elisabeth Cunin, Anthropologue, Chargée de recherches, IRD.
    • Issiaka Mandé, Historien, Sedet, Université Paris 7 Denis Diderot, France.
    • Dominique Rogers, Historienne, Maître de conférences, Université des Antilles

    Membres du Comité scientifique

    • Luiz Felipe de Alencastro, Historien, Professeur, Université Paris IV, France.
    • Carmen Bernand, Anthropologue, Professeur émérite, Université de Paris X, France.
    • Jean-Luc Bonniol, Anthropologue, Professeur, Université d'Aix-Marseille, France.
    • Roger Botte, Anthropologue, Chargé de recherches, CNRS, EHESS, France.
    • Jacques de Cauna, Historien, professeur détaché, Université de Pau et des Pays de l'Adour, France.
    • Christine Chivallon, Géographe, Chargée de recherches, CNRS, Université de
    • Catherine Coquery-Vidrovitch, Historienne, Professeur émérite, Université de Paris VII, France.
    • Patrice Courtaud, Anthropologue, Ingénieur de recherches, Université de Bordeaux, France.
    • Jean-Michel Deveau, Historien, Professeur des Universités de Nice, Sophia et Antipolis, France.
    • Marcel Dorigny, Historien, Maître de conférences, Université de Paris VIII, France.
    • Fitte-Duval, Annie, Juriste, Maître de conférences, Université de Pau et des pays de l'Adour, France.
    • França Paiva, Eduardo, Historien, Universidade Federal de Minas Gerais, Brésil.
    • Sudel Fuma, Historien, Professeur, Université de la Réunion.
    • Juan Carlos Garavaglia, Historien, Directeur d'études, EHESS, France.
    • Jean Hébrard, Historien, Professeur associé, EHESS, France.
    • Bogumil Jewsiewicki, Historien, Professeur, Université de Laval, Canada.
    • Marie-José Jolivet, Anthropologue, Directeur de recherche, IRD, France.
    • Julie Lirus, Anthropologue, Professeur, Université de Paris VII, France.
    • Anne-Marie Losonczy, Anthropologue, Directeur d'études, EPHE, France.
    • Elikia M'Bokolo, Historien, Directeur d'études, EHESS, France.
    • Pap Ndiaye, Historien, Maître de conférences, EHESS, France.
    • Jean-François Niort, Juriste, Maitre de conférences, Université des Antilles et de la Guyane, France.
    • Olivier Pétré-Grenouilleau, Historien, Professeur, Université de Lorient, France.
    • Fabienne Plazolles Guillen Diop, Historienne, Université de Pau et des Pays de Ladour, France.
    • Jean-Pierre Sainton, Historien, Maître de conférences, Université des Antilles et de la Guyane, France.
    • Nelly Schmidt, Historienne, Directeur de recherches, CNRS, France.
    • Alessandro Stella, Historien, chargé de recherches, CNRS, France.
    • Ibrahima Thioub, Historien, Professeur, Université Cheik Anta Diop, Sénégal.
    • Salah Trabelsi, Historien, Maître de conférences, Université de Lyon II, France.
    • Françoise Vergès, Professeur, Goldsmiths College, Université de Londres, Royaume-Uni.
    • Cécile Vidal, Historienne, Maître de conférences, EHESS, Paris, France.
    • Bernard Vincent, Historien, Directeur d'études, EHESS, France.

    Membres du Comité pour les ressources pédagogiques

    • Thierry Aprile, PRAG en Histoire, IUFM de Créteil, France.
    • Eric Mesnard, PRAG en Histoire, IUFM de Créteil, France.
    • Marie-Albane de Suremain, Historienne, Maître de Conférences, IUFM de Créteil, France.
  • Reconstruction d'Haïti: que peut faire la France?

    Au surlendemain de la catastrophe qui a frappé Haïti, le président de la république, Nicolas Sarkozy, a annoncé qu'il se rendrait  "dans les prochaines semaines" en Haïti, probablement le 17 février. Bien entendu, je déplore dans le discours du président, accessible sur le site de l'Elysée, la phrase très maladroite lorsqu'il dit qu'il faut "sortir Haïti et son peuple de la malédiction qui semble les accabler depuis si longtemps". Il faut espérer que ce mauvais choix lexical ne se reproduise pas lors de la visite de Nicolas Sarkozy en Haïti. Monsieur Guaino devrait mieux le conseiller dans le choix de ses mots s'agissant d'Haïti ; à moins que ce soit symptomatique d'un problème avec l'altérité (discours de Dakar). Dans lequel cas, il faut espérer que Nicolas Sarkozy s'appuiera davantage sur Didier Le Bret, ambassadeur de France en Haïti, pour préparer son discours officiel en Haïti que sur Henri Guaino.

    Le travail de Didier Le Bret en Haïti a par ailleurs été salué par le Prix Eyrignac.

    D'accord avec Didier Le Bret sur toute la ligne quant au rôle que la France peut jouer auprès d'Haïti.

     

    Rendez-vous avec l'histoire

    Le voyage de Nicolas Sarkozy en Haïti sera une première. Ce sera un rendez-vous avec l'histoire. Il sera tout à l'honneur d'une nation aussi grande que la France.

    Tout d'abord, il permettra à la France de briller plus qu'elle ne l'a été au lendemain du séisme et de marquer son attachement à Haïti, ancienne colonie et seule pays francophone de la Caraïbe. Nous n'avons pas du tout brillé en envoyant Alain Joyandet, "secrétaire d'état à la francophonie", dont la principale mission était l'évacuation des ressortissants français. Que la France assure la sécurité de ses ressortissants est tout à fait légitime ; nul ne saurait remettre cela en cause. Par contre, je trouve cela "petit " d'avoir envoyé un sous-ministre, peu au fait des questions de diplomatie et de crise, qui perd ses nerfs à la moindre contrariété alors que nous avons Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et habitué aux situations de crises. Ceci explique que le Quai d'Orsay et l'Elysée se soient démenées pour rattraper le coup, affirmant qu'il n'y a pas de protestation officielle, décrédibilisant de ce fait le pauvre sous-ministre.

    Car quelle légitimité à critiquer l'action américaine en Haïti alors qu'on n'a même pas été fichu de mettre en face d'eux les moyens et les personnalités capables de proposer autre chose, si ce n'est se plaindre, comme on aime bien le faire en France ? Comment dire aux Américains qu'on n'est pas d'accord alors qu'ils ont déployé des milliers d'hommes, qu'ils ont envoyé un ancien président (Bill Clinton) et leur Secrétaire d'Etat (Hillary Clinton) ? Rappelons tout de suite que le Secrétaire d'Etat américain, que je fais exprès d'écrire avec des majuscules, est la voix des Etats-Unis à l'étranger, l'équivalent de notre ministre des affaires étrangères. Au-delà des intentions que l'on peut soupçonner chez les Américains en Haïti, il est évident que la France ne pouvait faire autrement que de se faire toute petite.

    Bien entendu, ce n'était pas par hasard que la France avait choisi d'envoyer un sous-ministre en Haïti. Comme on le sait, en diplomatie, tout compte : la fonction de l'envoyé dit la considération que l'on accorde à une nation et les intérêts que l'on a à défendre. Jamais un chef d'état français n'a mis les pieds en Haïti depuis son indépendance. C'eut été trop d'honneur accordé à ce pays dont la France n'a jamais vraiment accepté l'affront qu'il lui a faite fin XVIIIe, début XIXe siècles. Car, il y a entre la France et Haïti des blessures profondes, des contentieux de longues dates, qui grèvent les relations entre les deux pays. Comme je l'ai rappelé dans ma note intitulée "La vraie malédiction d'Haïti", "la Révolution [haïtienne], suivie de la perte d'Haïti, marque un affaiblissement irréversible de la France dans la Caraïbe et en Amérique du Nord : la vente de la Louisiane, près de la moitié du territoire étasunien au début du XIXe siècle et environ 1/3 de l'Amérique actuelle, correspond à la montée des difficultés de la France à St. Domingue. La France mettra plus de vingt ans pour  "concéder", pas  "reconnaître", sa défaite, non sans faire payer cher à la nouvelle république son arrogance. Le montant de 150 millions de francs de dédommagement réclamé par la France en 1825 sera réduit à soixante millions en 1838, au moment où la Monarchie de Juillet reconnaît "définitivement et inconditionnellement" l'indépendance d'Haïti (de Cauna), soit 34 ans depuis la déclaration d'indépendance".

    Dans ces contextes, la visite prochaine de Nicolas Sarkozy prend une valeur hautement symbolique. Mais au-delà des symboles, du paraître médiatique, il faut espérer de cette visite le début d'une nouvelle ère, d'une nouvelle coopération. Cette nouvelle coopération ne doit pas hésiter à réévaluer l'accord quadriennal de Partenariat France - Haïti à l'aune des nouvelles réalités du pays.

     

    Que peut faire la France ?

    Beaucoup de choses.

    D'abord, plus d'aide à minima alors que l'on s'évertue à être le premier pays à proposer des grandes conférences internationales devant les médias. Davantage de concrets : c'est une chose que de proposer une conférence et de le dire devant les médias avant même de connaître les avis de ses homologues, mais c'en est une toute autre que de prendre l'initiative d'organiser la conférence et d'y inviter ses homologues. Ce que je veux dire par là, c'est que la France doit faire preuve d'initiatives concrètes et être moins dans le paraître. D'ailleurs, on a beau avoir été le premier à lancer l'idée d'une conférence internationales pour venir en aide à Haïti, les Américains et les Canadiens nous ont bien snobés en prenant l'initiative de l'organiser à Montréal (pas à Paris !). A quoi bon avoir de bonnes idées si c'est pour se les faire chiper ?

    La visite à venir doit donc permettre de sortir des relations ambigües. Cela veut dire que la France et Haïti doivent reconnaître qu'on n'est plus en 1804 : la visite devra permettre la mise à plat des précédents entre les deux pays afin de construire sur des bases plus saines. Cela suppose sortir d'une logique d'aide qui paradoxalement maintient dans la dépendance. La visite doit  permettre d'envisager une reconstruction avec les Haïtiens et les amis d'Haïti, reconstruction dont l'autonomie est le but ultime. Par  "Haïtiens et amis d'Haïti", j'entends tous ceux qui aiment ce pays parce qu'ils le connaissent et qu'ils savent comment y travailler dans le respect du peuple ; et les Français originaires d'Haïti , désireux de participer à la reconstruction mais qui se trouveraient face à des dilemmes.

    Je m'explique : de nombreux Français d'origine haïtienne ont été formés dans ce pays, y ont fait leur vie en fondant des familles et y  travaillent pour le compte de l'état ou dans des collectivités territoriales. Je prends l'exemple du fonctionnariat parce que c'est ce que je connais le mieux et parce que c'est sur ce corps que la France peut agir plus facilement. Je suis convaincu que plusieurs de ces fonctionnaires répondraient volontiers à l'appel à la communauté haïtienne de Nesmy Manigat (à ne pas confondre avec Leslie François Manigat) si la France proposait de mettre ces fonctionnaires à disposition d'Haïti pour l'enseignement (car la reconstruction n'est pas que matériel), la formation des agriculteurs, le reboisement du pays, la formation des techniciens, la formation des futurs dirigeants, etc.

    Ce genre de détachements, de mises à disposition me paraissent aussi importants que l'aide alimentaire. Il n'y a même pas lieu d'une double nationalité pour les mettre en œuvre. Et, de toute façon, la bi-nationalité franco-haïtienne n'est pas possible selon les accords diplomatiques en vigueur entre les deux pays.

    Parmi les conditions, la France garantirait la prise en charge financière de ses fonctionnaires détachés et de leurs familles. Cette prise en charge ne coûterait pas beaucoup plus chère à la France que ce qu'elle paie actuellement pour les fonctionnaires affectés à Mayotte, par exemple. Une telle aide aurait un impact durable sur le pays ; elle bénéficierait à  quasiment toutes les couches sociales et pas juste à une élite qui de toute manière  peut et a toujours pu quitter Haïti pour se former en France, au Canada, etc.

    J'ai été formé dans le système scolaire français depuis le collège. Je suis maintenant fonctionnaire de l'éducation nationale : j'enseigne l'anglais. Je parle et j'écris très bien le créole haïtien. Je pense pouvoir être utile à mon pays d'adoption dans mon pays de naissance. Par contre, en plus d'avoir une maison à payer, ma famille est d'ici. Elle ne connaît Haïti qu'à travers quelques images très souvent négatives des médias. Elle ne suivra pas si c'est juste pour "partir à l'aventure". Cependant, si la France devait me proposer certaines garanties pour partir pour un certain temps en Haïti, alors ma famille aurait moins à s'inquiéter de l'avenir. Moi, je dis chiche.

    Ki moun ki dakò? (Qu'en pensez-vous?/Qui est d'accord avec cette idée?)

  • Excellente initiative du CROUS de Bordeaux et de l'association MANA

    A travers cette note, je souhaite mettre à l'honneur une initiative du CROUS (Centre Régional des Œuvres Universitaires et Scolaires) d'Aquitaine, en partenariat avec l'association de médecine transculturelle MANA, à destination des étudiants haïtiens de Bordeaux.

    Dans les jours qui ont suivi le séisme en Haïti, le CROUS a eu l'idée de contacter les étudiants haïtiens pour leur proposer un accompagnement social et psychologique.

    J'imagine le temps passé à essayer d'identifier ces étudiants et à les appeler un à un pour leur témoigner du soutien du CROUS, et pour leur proposer de les accompagner dans ces moments difficiles; le tout suivi d'un email de la même personne confirmant la date et le lieu du rendez-vous avec les professionnels. Il ne doit pas y avoir beaucoup d'étudiants haïtiens à Bordeaux; mais cette formidable initiative est à saluer. Elle est à recommander.

    Je dois dire que le travail de ce CROUS a toujours été efficace à mes yeux. Il a joué un rôle majeur dans ma vie d'étudiant boursier. Son personnel (je ne donne pas de nom car c'est toute une équipe que je souhaite remercier ici) a toujours fait de son mieux. On a toujours pris le temps de me recevoir, d'étudier mon dossier et de me proposer des solutions, le cas échéant. Ce ne sont pas "des fleurs" a posteriori.

    Donc, en tant qu'ancien étudiant boursier, j'ai été très sensible que l'on m'appelle personnellement. Le coup de fil a été l'occasion pour moi de donner des nouvelles de ma situation. Même si je n'ai plus le statut d'étudiant depuis quelques années, même si je ne pensais pas en avoir besoin, je n'ai pas pu refuser l'accompagnement psychologique. Cela s'est fait sous forme d'une séance de parole avec un groupe de cinq "patients", dont moi, encadré par deux psychologues et la psychiatre-psychothérapeute présidente de l'association, en personne. On a discuté, on s'est écouté de manière très informelle mais cela a certainement été très enrichissant pour tous.

    Ces trois professionnels ont été très à l'écoute, très ouverts. Qu'ils soient remerciés. Ils font partie de ceux qui œuvrent à tous les niveaux pour aider le peuple haïtien à se relever. Que c'est beau la solidarité!