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  • Du courage pour tacler le CRAN

    (Deuxième partie)

    "Proposition N°31 - Lancer une campagne d'information sur le SIDA à destination de la diversité, améliorer la prise en charge de la drépanocytose et du saturnisme". Alors là, on atteint un sommet! Cette proposition est scandaleuse et inacceptable!

    Pourquoi? Elle valide le cliché que les noirs ont une sexualité débridée, et que cette absence de retenue sexuelle expliquerait le fait que les Français des DOM, en particulier de la Guyane, soient parmi les personnes les plus touchées par le SIDA, selon les chiffres de l'Institut nationale de veille sanitaire de 2008.

    La demande sur la drépanocytose relève d'un autre niveau. Mais je trouve la demande du CRAN de l'inclure dans une campagne contre le communautarisme tout aussi scandaleuse. Certes, elle touche principalement les personnes d'origine africaine mais si cette maladie perdure encore, si le SIDA se répand plus fortement dans les DOM, c'est que la république a failli. Elle n'a pas fait son travail d'information, de prévention et de soin dans les DOM tout comme cela n'a pas été assez bien fait auprès de certains "groupes à risques" (homosexuels et prostituées) du fait de leur marginalisation. Il est à regretter que le CRAN n'ait interrogé aucun spécialiste de la santé sur ces questions.

    En ce qui me concerne, la lutte contre ces maladies ne relève pas d'une lutte contre le communautarisme. Il s'agit d'une obligation sanitaire de la république vis-à-vis de ses enfants, quel que soit l'endroit où ils se trouvent, indépendamment de leurs origines.

    Il y aurait encore d'autres objections à soulever sur d'autres propositions du CRAN et son amateurisme sur un sujet d'une extrême importance pour la république. Cet amateurisme transparait non seulement dans la nature contre-productive de ses propositions mais également dans l'utilisation abusive des mots. Le plus flagrant en ce sens est probablement le substantif "diversité". En effet, comment le comprendre dans une expression comme "campagne d'information [...] à destination de la diversité"? Qu'est-ce qu'on entend par là? Est-ce que le CRAN veut parler des minorités ethniques qu'il prétend défendre dans son rapport? Depuis quand "diversité" est-il devenu synonyme de "minorité ethnique"?

    Il n'est pas aisé de trouver des réponses à ces questions. On comprend dès lors que Sébastien Fath l'ait utilisé avec des guillemets, suivi d'un "sic" ; plus que des pincettes, il les manipule avec une précision chirurgical pour éviter qu'on les lui prête.

    Pour finir, je me pose la question de savoir comment un sociologue comme Michel Wieviorka, "poids lourd de la recherche en sciences sociales en France actuellement" (?), selon Fath, ait pu aider à pondre un rapport avec des points aussi mauvais, paternalistes et qui stigmatisent ceux que l'on souhaite défendre? Comment des chercheurs dignes de ce nom, des humanistes, peuvent cautionner, par leurs noms, un rapport qui propose de fragmenter encore plus la république en petits ilots communautaristes?

    Je refuse que l'on m'enferme dans une communauté ethnique. Je suis noir, "issu de l'immigration", mais je ne me reconnais pas dans toutes les propositions du CRAN pour lutter contre le communautarisme. Est-ce grave docteur?

    A lire aussi, cette note encore plus violente de Claude Ribbe: "Discrimination positive pour les lèche-bottes: Lozès bientôt dans le fauteuil de Sabeg?"

  • Du courage pour tacler le CRAN

    (Note en deux parties)

    Le 9 mars dernier, Sébastien Fath a posté une note concernant les 50 propositions du Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN). Il a été pris à partie par un certain "Elysee" du fait de ses réserves s'agissant de la démarche de Patrick Lozès et de la "représentativité" du CRAN. "Elysee" soupçonne chez lui un racisme qui ne dirait pas son nom. Ses commentaires m'avaient décidé à réagir le 12 mars en affirmant que "le CRAN se grandirait à prendre en compte les critiques à son endroit au lieu de se braquer".

    Je pensais m'arrêter à ce commentaire ; mais après lecture des propositions du CRAN, je me suis dit que je me devais de m'exprimer plus en avant sur les 50 propositions, en particulier sur certains points qui me paraissent totalement aberrants.

    Je me doute bien que mes propos risquent de ne pas être acceptés par tous et que certaines accusations pourraient en résulter. Mais je prends le risque; en espérant qu'ils ne seront pas récupérés ou mal interprétés non plus.

    aime_cesaire.jpgBon nombre des propositions du rapport du CRAN m'ont conduit à me poser la question de savoir si ses auteurs, Patrick Lozès et Michel Wieviorka, avaient vraiment saisi la portée de la fameuse réplique du regretté Aimé Césaire, "le nègre te dit merde"; propos dont le sens est que le nègre fait partie de la république, qu'il n'a pas l'intention de se laisser marginaliser, et donc qu'il va falloir compter avec lui, dans la république.

    Or, que constate-t-on dans certaines propositions du CRAN? Une volonté de s'ostraciser, de se couper de la république tout en légitimant de manière tacite certains clichés racistes.

    En voici quelques exemples :

    "Proposition N°3 - Créer une administration dédiée à la création d'entreprises de la diversité". Le CRAN demande la création de beaucoup de choses ; le verbe "créer" apparaît plus de dix fois dans les propositions. Rien que cela suffit à expliquer pourquoi Sébastien Fath les qualifient de "usine à gaz surréaliste". Mais, bon sang ! Pourquoi demander à la république de créer une administration spécifique aux entreprises de la diversité? Pour que les Antillais, les Africains, les Arabes, les Européens puissent faire leurs courses chacun de son côté? Et par la même pour que la république valide son propre éclatement? Pourquoi ne pas demander par la même occasion que la république crée une école pour chaque groupe ethnique?

    Je n'y comprends rien. Ne vaut-il pas mieux créer des occasions où les différentes composantes ethniques de la république, peu importe leurs origines, se rencontrent et apprennent à se connaître? Un défenseur du rapport du CRAN me dira que c'est justement ce que l'on retrouve dans la Proposition N°50, dans laquelle le CRAN demande l'organisation d'une Fête nationale de la diversité et de l'égalité. Je répondrais "tout et son contraire". Car, si on veut une occasion où la république se rencontre sur un pied d'égalité pour faire la fête, il ne faut pas chercher loin. Il y a quelque chose qui a lieu tous les ans, le 21 juin, dans toute la France, et cela s'appelle la fête de la musique. C'est pour tout le monde. Les fêtes dans lesquelles où l'on met en avant un groupe ethnique ne sont pas nationales mais locales.

    Je ne nie pas le rôle des communautés. Je suis toujours très heureux de me retrouver de temps à autres avec des amis haïtiens, parlant en créole et partageant un bon plat de chez nous. Cependant, chez moi c'est aussi ici. Mon compatriote, mes amis, ce sont aussi ceux qui ont une autre couleur de peau et une culture différente de celle dont je suis issu. Et je n'ai pas besoin que l'Etat vienne me dire où je dois aller faire mes courses, avec qui je dois faire la fête, travailler et passer du temps.

    "Proposition N°13 - Développer le parrainage entre salariés". Que l'on fasse un travail de sensibilisation de l'intérêt des uns pour les autres, pas une campagne à sens unique, je veux bien. Mais le "parrainage" a ses limites et sa réussite dépend de beaucoup de choses. Il peut arriver que l'on prenne quelqu'un sous ses ailes pour être son mentor, formateur, etc. Mais intégrer cette démarche à une campagne de lutte contre le communautarisme approuvée ou menée par l'Etat serait trop paternaliste. Cela me fait penser au "petit" noir ou à l'arabe auquel on donne sa chance et que l'on aide à réussir professionnellement parce qu'il ne peut pas y arriver seul, parce qu'il n'aurait pas les compétences pour cela.

  • Soyez "fiers d'être fonctionnaires": quand "l'hôpital se fout de la charité"

    Cela devrait me faire chaud au cœur en lisant le président de la république qui invite les fonctionnaires à être fiers de ce qu'ils sont. Non mais, c'est vraiment touchant à l'endroit des agents de l'état que de lire "on ne parle pas bien des fonctionnaires. On ne respecte pas assez vos compétences. On ignore les difficultés qui sont les vôtres"; dixit Nicolas Sarkozy, repris par le NouvelObs.com.

    Mais voilà, quand je lis cette belle phrase, je deviens méfiant. Je me dis que ce n'est pas possible. Ce doit être un rêve ; c'est trop beau pour être vrai. Sur le constat, il n'y a rien à redire. Franchement, chapeau! Mais avouons tout de même qu'il y a un air de "l'hôpital qui se fout de la charité" dans ce diagnostique on ne peut plus précis. C'est vrai qu'il ne fait pas bon d'être "fonctionnaire". Nombre de mes collègues n'osent pas dire qu'ils sont fonctionnaires. Quand certains salariés séquestrent leurs patrons pour garder leurs emplois, on nous balance que les fonctionnaires, eux, n'ont pas le droit de se plaindre, de vouloir garder leurs acquis, leurs postes. C'est irrationnel parce qu'au lieu d'aspirer au fonctionnariat, que l'on estime être une bonne situation, autrement on ne jalouserait pas les fonctionnaires, on a légitimé les pires politiques de destruction de postes en tapant sur les fonctionnaires. C'est un sport national.

    904721-1116537.jpg?v=1289399415Car, voyez-vous, être fonctionnaire c'est être "planqué"; c'est avoir une situation bien meilleure que l'autre. C'est du "et moi, et moi, et moi?", quoi. Certains collègues vivent cette haine en parlant de "racisme anti-fonctionnaires".

    Sauf que la jalousie des fonctionnaires est quelque chose qui s'orchestre depuis bien longtemps, aussi bien par des politiques de gauche que de droite. Avec tout de même une accélération grâce à l'idéologie politique actuelle qui a permis de faire passer l'idée complètement irrationnelle que la meilleure façon de régler les problèmes de déficit, des retraites, et tout ce qui va mal dans le pays, c'est de stigmatiser un groupe d'actifs pour finir par niveler par le bas. Combien de fois n'ai-je pas entendu des chômeurs s'en prendre à des fonctionnaires tout simplement parce qu'ils sont "casés". L'image de droite, empruntée sur le net, est assez évocatrice des clichés.

    C'est vrai qu'il y a des avantages dans la fonction publique. Tous les métiers présentent des avantages et des inconvénients. Mais, c'est toujours facile de fantasmer de l'extérieur. Quand maintenant je m'énerve sur des copies de mauvaise qualité, avant, je me grattais, je me faisais jeter par ma femme parce que je sentais l'alcool ! Vous comprendrez plus loin.

    Avant d'être enseignant, j'étais ouvrier spécialisé dans le bâtiment. Certes, je n'avais pas la moitié de mon service à effectuer sur un chantier et le reste chez moi. Non, je n'avais pas autant de vacances. Par contre, pour gagner 1300 euros par mois, je n'avais que mon expérience professionnelle, aucun diplôme. Avec un bac+3, un professeur certifié débutant ne gagne pas beaucoup plus; sachant qu'il faudra à l'avenir un bac+5 pour enseigner. Il faudra voir la grille de salaires qui va avec.

    Le fait de connaître les deux corps de métiers me permet de faire la part des choses entre fantasmes et réalités. Par exemple, même si certains refusent de l'admettre, une heure avec nos enfants-rois maintenant scolarisés peut être aussi fatigant pour un enseignant que l'heure d'un ouvrier avec un marteau piqueur. La seule différence est que les deux fatigues ne commencent pas aux mêmes endroits. L'une est d'abord un épuisement qui peut être psychologique mais qui envahit tout le corps ; l'autre commence par le physique pour envahir l'esprit. Dans les deux cas, c'est l'individu dans son ensemble qui se trouve affecté.

    Avec des classes allant jusqu'à 34 élèves dans laquelle je passe une bonne partie de mon temps à faire le gendarme afin de pouvoir transmettre un minimum; avec des élèves de terminale complètement "pommés"/paumés et qui se plaignent qu'on leur demande de travailler; avec des parents qui n'ont qu'à prendre le téléphone pour qu'on annule un travail de rattrapage, décrédibilisant un enseignant, réduisant à néant tout ce qu'il a construit... je me dis parfois que j'étais bien dans le bâtiment. Au moins quand je rentrais chez moi, je n'avais pas une tonne de copies, presque toutes minables, à corriger.

    C'était aussi bien que cela dans le bâtiment? Non, autrement j'y serais resté. Ce qui me valait d'être labellisé "ouvrier spécialisé" c'était de savoir travailler avec des produits complexes et dangereux; des produits à base de fibres de verre, de la résine (polyester et époxy), de l'acétone et d'autres produits chimiques, dans des espaces parfois réduits (cales de bateaux, cuves souterraines, etc.). Je devais porter un masque pour exercer ce métier. Même avec ça, on plaisantait entre collègues qu'on ne passerait pas à l'éthylotest en cas de contrôle en fin de journée. J'ai beaucoup d'estime pour ceux qui exercent ces métiers difficiles. Mais, j'aspirais à mieux. Et pour moi, ce "mieux" c'était de pouvoir être un jour à la place de mes professeurs. Un rêve de gamin. Benh quoi? On a le droit de choisir son métier, non?

    Fier d'être fonctionnaire? C'est l'estime et la fierté de cette fonction désintéressée qui m'ont motivé et qui me motivent encore. Je suis fier d'avoir œuvré aux côtés de ceux qui construisent physiquement ce pays. Je suis maintenant fier d'œuvrer, à ma modeste manière, à la transmission de savoirs, à aider des jeunes à construire leurs propres systèmes de pensée. Je me demande combien pourront dire dans trente ans qu'ils sont fiers d'être fonctionnaires. Certains le diront peut-être mais d'ici là, le mot ne recouvrira plus le même sens.

    Car être fonctionnaire de nos jours c'est faire partie d'un corps en voie de disparition. Le président de la république, le pourfendeur des fonctionnaires, celui qui a réussi à faire croire que limoger la moitié d'entre eux c'est rendre un service au pays, se prendrait-il à les réhabiliter ? Le sens du mot a dû avoir bien changé. C'est comme dire l'oraison funèbre d'un regretté. Ah, qu'il fut bon d'avoir ce bon vieux statut ! Il nous a rendus bien des services. Vous pouvez être fiers d'être [d'avoir été ?] fonctionnaires.

    Ou peut-être que je me trompe. Peut-être est-il vraiment sincère. Peut-être s'est-il rendu compte qu'on n'avait pas besoin de laisser durer l'exercice du droit de retrait des collègues du lycée Adolphe Cheriou, lequel retrait a été requalifié par un de ses ministres préférés en "grève" afin de pouvoir sanctionner ses fonctionnaires nouvellement rendus fautifs. Peut-être a-t-il décidé de ne plus diviser pour mener sa politique. Peut-être a-t-il "changé". Je ne sais pas pourquoi mais ce mot me rappelle une certaine période électorale.

    Mais, pourquoi pas ? On peut changer, après tout.