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France - Page 3

  • Soyez "fiers d'être fonctionnaires": quand "l'hôpital se fout de la charité"

    Cela devrait me faire chaud au cœur en lisant le président de la république qui invite les fonctionnaires à être fiers de ce qu'ils sont. Non mais, c'est vraiment touchant à l'endroit des agents de l'état que de lire "on ne parle pas bien des fonctionnaires. On ne respecte pas assez vos compétences. On ignore les difficultés qui sont les vôtres"; dixit Nicolas Sarkozy, repris par le NouvelObs.com.

    Mais voilà, quand je lis cette belle phrase, je deviens méfiant. Je me dis que ce n'est pas possible. Ce doit être un rêve ; c'est trop beau pour être vrai. Sur le constat, il n'y a rien à redire. Franchement, chapeau! Mais avouons tout de même qu'il y a un air de "l'hôpital qui se fout de la charité" dans ce diagnostique on ne peut plus précis. C'est vrai qu'il ne fait pas bon d'être "fonctionnaire". Nombre de mes collègues n'osent pas dire qu'ils sont fonctionnaires. Quand certains salariés séquestrent leurs patrons pour garder leurs emplois, on nous balance que les fonctionnaires, eux, n'ont pas le droit de se plaindre, de vouloir garder leurs acquis, leurs postes. C'est irrationnel parce qu'au lieu d'aspirer au fonctionnariat, que l'on estime être une bonne situation, autrement on ne jalouserait pas les fonctionnaires, on a légitimé les pires politiques de destruction de postes en tapant sur les fonctionnaires. C'est un sport national.

    904721-1116537.jpg?v=1289399415Car, voyez-vous, être fonctionnaire c'est être "planqué"; c'est avoir une situation bien meilleure que l'autre. C'est du "et moi, et moi, et moi?", quoi. Certains collègues vivent cette haine en parlant de "racisme anti-fonctionnaires".

    Sauf que la jalousie des fonctionnaires est quelque chose qui s'orchestre depuis bien longtemps, aussi bien par des politiques de gauche que de droite. Avec tout de même une accélération grâce à l'idéologie politique actuelle qui a permis de faire passer l'idée complètement irrationnelle que la meilleure façon de régler les problèmes de déficit, des retraites, et tout ce qui va mal dans le pays, c'est de stigmatiser un groupe d'actifs pour finir par niveler par le bas. Combien de fois n'ai-je pas entendu des chômeurs s'en prendre à des fonctionnaires tout simplement parce qu'ils sont "casés". L'image de droite, empruntée sur le net, est assez évocatrice des clichés.

    C'est vrai qu'il y a des avantages dans la fonction publique. Tous les métiers présentent des avantages et des inconvénients. Mais, c'est toujours facile de fantasmer de l'extérieur. Quand maintenant je m'énerve sur des copies de mauvaise qualité, avant, je me grattais, je me faisais jeter par ma femme parce que je sentais l'alcool ! Vous comprendrez plus loin.

    Avant d'être enseignant, j'étais ouvrier spécialisé dans le bâtiment. Certes, je n'avais pas la moitié de mon service à effectuer sur un chantier et le reste chez moi. Non, je n'avais pas autant de vacances. Par contre, pour gagner 1300 euros par mois, je n'avais que mon expérience professionnelle, aucun diplôme. Avec un bac+3, un professeur certifié débutant ne gagne pas beaucoup plus; sachant qu'il faudra à l'avenir un bac+5 pour enseigner. Il faudra voir la grille de salaires qui va avec.

    Le fait de connaître les deux corps de métiers me permet de faire la part des choses entre fantasmes et réalités. Par exemple, même si certains refusent de l'admettre, une heure avec nos enfants-rois maintenant scolarisés peut être aussi fatigant pour un enseignant que l'heure d'un ouvrier avec un marteau piqueur. La seule différence est que les deux fatigues ne commencent pas aux mêmes endroits. L'une est d'abord un épuisement qui peut être psychologique mais qui envahit tout le corps ; l'autre commence par le physique pour envahir l'esprit. Dans les deux cas, c'est l'individu dans son ensemble qui se trouve affecté.

    Avec des classes allant jusqu'à 34 élèves dans laquelle je passe une bonne partie de mon temps à faire le gendarme afin de pouvoir transmettre un minimum; avec des élèves de terminale complètement "pommés"/paumés et qui se plaignent qu'on leur demande de travailler; avec des parents qui n'ont qu'à prendre le téléphone pour qu'on annule un travail de rattrapage, décrédibilisant un enseignant, réduisant à néant tout ce qu'il a construit... je me dis parfois que j'étais bien dans le bâtiment. Au moins quand je rentrais chez moi, je n'avais pas une tonne de copies, presque toutes minables, à corriger.

    C'était aussi bien que cela dans le bâtiment? Non, autrement j'y serais resté. Ce qui me valait d'être labellisé "ouvrier spécialisé" c'était de savoir travailler avec des produits complexes et dangereux; des produits à base de fibres de verre, de la résine (polyester et époxy), de l'acétone et d'autres produits chimiques, dans des espaces parfois réduits (cales de bateaux, cuves souterraines, etc.). Je devais porter un masque pour exercer ce métier. Même avec ça, on plaisantait entre collègues qu'on ne passerait pas à l'éthylotest en cas de contrôle en fin de journée. J'ai beaucoup d'estime pour ceux qui exercent ces métiers difficiles. Mais, j'aspirais à mieux. Et pour moi, ce "mieux" c'était de pouvoir être un jour à la place de mes professeurs. Un rêve de gamin. Benh quoi? On a le droit de choisir son métier, non?

    Fier d'être fonctionnaire? C'est l'estime et la fierté de cette fonction désintéressée qui m'ont motivé et qui me motivent encore. Je suis fier d'avoir œuvré aux côtés de ceux qui construisent physiquement ce pays. Je suis maintenant fier d'œuvrer, à ma modeste manière, à la transmission de savoirs, à aider des jeunes à construire leurs propres systèmes de pensée. Je me demande combien pourront dire dans trente ans qu'ils sont fiers d'être fonctionnaires. Certains le diront peut-être mais d'ici là, le mot ne recouvrira plus le même sens.

    Car être fonctionnaire de nos jours c'est faire partie d'un corps en voie de disparition. Le président de la république, le pourfendeur des fonctionnaires, celui qui a réussi à faire croire que limoger la moitié d'entre eux c'est rendre un service au pays, se prendrait-il à les réhabiliter ? Le sens du mot a dû avoir bien changé. C'est comme dire l'oraison funèbre d'un regretté. Ah, qu'il fut bon d'avoir ce bon vieux statut ! Il nous a rendus bien des services. Vous pouvez être fiers d'être [d'avoir été ?] fonctionnaires.

    Ou peut-être que je me trompe. Peut-être est-il vraiment sincère. Peut-être s'est-il rendu compte qu'on n'avait pas besoin de laisser durer l'exercice du droit de retrait des collègues du lycée Adolphe Cheriou, lequel retrait a été requalifié par un de ses ministres préférés en "grève" afin de pouvoir sanctionner ses fonctionnaires nouvellement rendus fautifs. Peut-être a-t-il décidé de ne plus diviser pour mener sa politique. Peut-être a-t-il "changé". Je ne sais pas pourquoi mais ce mot me rappelle une certaine période électorale.

    Mais, pourquoi pas ? On peut changer, après tout.

  • Mais, quelle mouche a piqué Ali Soumaré ?

    h_4_ill_1271477_ali-soumare.jpgCette affaire prend une tournure très américaine : pour être élu en France, il faut montrer patte blanche ! Belle expression qui, dans le cas d'Ali Soumaré, tête de liste PS pour les régionales du Val-d'Oise, n'est pas sans arrières pensées. Dans son cas, "montrer patte blanche" a deux explications possibles : l'une explicite et portée sur la place publique, l'autre implicite.

    Bien entendu, personne n'a osé utiliser l'expression dans la campagne des régionales du Val-d'Oise. Quoiqu'il en soit, Ali Soumaré n'a pas montré "patte blanche". Il n'a pas un casier judiciaire "vierge". Eh oui, certains veulent nous faire croire que pour être élu dans ce pays, on ne doit jamais avoir commis de délits dans sa vie. Et pas besoin de la justice pour dire si l'on reste éligible ou pas.

    Soit. Allons jusqu'au bout de la logique. Opération "mains propres": virons tous nos élus mêlés à de sales affaires, tous ceux qui ont commis un "petit" délit de fuite, un excès de vitesse... bref, toutes les violences faites à la république. Je me demande combien il en resterait aux affaires.

    Sinon, c'est vraiment nauséabonde de mettre Soumaré sur le pilori. C'est une façon d'exclure tous les "petits" repris de justice qui n'ont pas le bras suffisamment long pour faire taire leur passé. Mais quelle mouche a piqué ce Soumaré? Il aurait dû y penser! On ne vient pas jouer dans la cour des grands quand on a été "délinquant des cités"! Il faut avoir été un "délinquant des élites", des hautes sphères pour jouer au jeu "noble" qu'est la politique, mon p'tit gars ! Bon, aller, il est plus grand que moi de plus d'une tête.

    Mais enfin, c'est vrai, Soumaré est un petit gars dans le monde politique, que le PS laisse se démerder tout seul. Car, "Ali Soumaré embarrasse le PS francilien", titre le Figaro.fr de ce matin. Face à la démarche qui consiste à le discréditer en publiant son "quasi" casier judiciaire sur la place publique, le PS se serait contenté de dire "qu'Ali Soumaré allait poursuivre en diffamation les responsables UMP du Val-d'Oise". C'est bien le parti socialiste, ça. Quand l'UMP fait bloque derrière ses membres (cas Penchard est le dernier en date), le PS se la joue "à la Ponce Pilate", il s'en lave les mains. Il lâche en pâture : souvenez-vous du cas de Julien Dray.

    En attendant une hypothétique prise de position plus ferme du PS, devinez qui vole au secours de Soumaré ? Jean-Paul Huchon. Wow ! Il n'y a rien de mieux pour valider la critique adverse que Soumaré soit un "délinquant  multirécidiviste" ! Huchon a récemment été condamné pour prise illégale d'intérêt. En d'autres termes, c'est un "délinquant" qui vole au secours d'un autre. Mais bon, faisons feu de tout bois.

    Contrairement à Huchon, Soumaré n'a pas d'assise politique ; ses reins ne sont pas assez solides pour contenir les pressions politiques et médiatiques qui s'abattent sur lui. Et, contrairement à Huchon, les déterminismes sociaux jouent contre lui. Il n'a donc aucune chance.

    Mais il n'y a pas que l'attitude du PS qui soit à critiquer dans cette affaire. La stratégie de l'UMP locale est à vomir. C'est que la candidature de Soumaré est alarmante, elle menace la république des "civilisés" jamais condamnés ou mis en garde-à-vue. Selon un député-maire UMP, s'il s'avère que le PS était au courant des démêlés de Soumaré avec les forces de l'ordre et la justice, "...ce serait un coup odieux porté à la valeur de la diversité que d'avoir choisi, pour la représenter, un délinquant multirécidiviste." Franchement, celui-là n'a pas de leçon à recevoir de Frédéric Lefèvre! Il ne doit pas savoir que les jeunes des cités qui n'ont pas eu des soucis avec les forces de l'ordre sont une espèce rare. Ce genre de discours exclut de fait un pan entier de la société française du système politique.

    En anglais cela s'appelle "disenfranchize". Osera-t-on parler de "dénaturalisation"? Car, selon mes dernières connaissances, s'il n'y a pas d'inégibilité déclarée par les tribunaux compétents, le retrait des droits civiques et politiques des citoyens ne peut se faire que par la "dénaturalisation". Mais bon, je peux avoir manqué un chapitre.

    "Quoi, t'as pas tes papiers ? Tu viens avec nous au commissariat !" Quelle naïveté de ma part que d'avoir pensé que ces enfants de secondes zones faisaient partie de la république. Mais, tu débloques Carter!

    Et Valérie Pécresse, qui n'est quand même pas rien dans l'appareil UMP sur le plan national, de renvoyer le PS à ses responsabilités d'avoir présenté un repris de justice face à la noble classe politique régionale ! Mais quel affront ! Pardon, madame la baronne ! Il eu fallu mettre ce voyou aux fers et l'expédier aux bagnes! Ah oui, l'outre-mer n'est plus la prison à ciel ouvert de la métropole.

    La seule responsabilité qui vaille c'est que le parti socialiste fasse cesser ce lynchage politique, duquel il s'est rendu complice de par son silence.