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Réflexions de Carter CHARLES - Page 4

  • Quelle gentillesse de la part du Crédit Agricole d’Aquitaine ?

    Je vous l’accorde; mon titre devrait avoir un point d’exclamation. J’avance toutefois, à ma décharge, que son absence ne relève pas d’une erreur mais d’une volonté délibérée d’interroger une supposée opération de philanthropie du Crédit Agricole d’Aquitaine à l’endroit d’un public jeune, à savoir des lycéens.

    Hier, 23 juin, je suis allé surveiller une épreuve du bac dans mon lycée. Je vous dirai quelques mots sur cette épreuve dans une autre note. Mais pour ce qui nous concerne aujourd’hui, c’est le constat que tous les candidats dans la salle d’examen avaient une petite bouteille d’eau de 50 centilitres d’une marque pas chère. Rien de surprenant, on leur a bien conseillé de se sustenter et de s’hydrater pendant les examens. Seulement, voilà, en plus de la marque de la source, j’ai relevé que chacune des bouteilles était estampillée de ceci :

    Pub Crédit Agricole.jpg

    Je n’ai pas pu m’empêcher de demander à l’un des candidats d’où ils tenaient ces bouteilles doublement labellisées. Réponse : « ils [entendre les petites mains de la banque en question] les distribuaient à l’entrée du lycée. »

    En première réaction, je me suis dit que c’était gentil de la part du Crédit Agricole de penser à nos jeunes candidats. Mais je me suis vite ravisé : quelles sont les vraies motivations de la banque ? Est-il normal qu’une entreprise vienne faire sa publicité de manière aussi directe et ostentatoire devant un lieu qui est « censé » être sanctuarisé, face à un public facilement influençable ? N’est-ce pas là une nouvelle façon de démarcher/conditionner la réaction du futur client ?

    Je ne suis pas naïf ; je sais bien BB fait ses courses.jpgque nous avons une génération de « consumériste » parce que le conditionnement se fait quasiment depuis le sein maternel: observez le sérieux de la consommatrice à gauche. Mais quand même, il doit forcément y avoir une certaine éthique ou code de bonne pratique commerciale à respecter ?

    En abordant la question avec plusieurs collègues, j’ai appris que cette démarche commerciale à l’endroit des mineurs est de plus en plus récurrente et qu’il s’agit d’une imitation de ce qui se fait à destination des étudiants sur les campus par Red Bull, Apple, etc., pour ne citer que ces marques-là.

    S’agissant du lycée, même si le public visé est majoritairement des mineurs, il semblerait que le chef d’établissement n’ait aucune prise sur la chose parce que la démarche se fait à l’extérieur de son établissement. Pour ma part, s’il ne peut pas intervenir directement, j’estime que sa caution devient tacite dès lors qu’il ne fait rien pour faire intervenir les autorités de la ville/préfecture pour interdire, ou du moins encadrer, ces pratiques de promotions commerciales aux abords de son établissement.

    Maintenant, il faudrait savoir ce que pensent les parents dont les enfants se font démarcher devant un établissement scolaire.

  • "Deux Mains, Haïti"

    Il est des moments où il n'est plus possible de théoriser et de regarder les autres agir à sa place. Le séisme qui a frappé mon pays le 12 janvier dernier a fait s'écrouler les distances qui existaient entre moi et mes origines, m'entraînant à agir maintenant au lieu de remettre à plus tard comme je l'avais toujours fait. Les effets du séisme sur moi m'avaient poussé à élargir ce blog à la dimension "Sociétés". Cette volonté d'agir pour Haïti me conduit à vous présenter à travers cette note l'association "Deux Mains, Haïti", une initiative dont je suis l'un des acteurs.


    "Deux Mains, Haïti" en quelques mots

    "Deux Mains, Haïti", ou encore "2MH", est une association a but non lucratif, régie par la loi 1901. Officiellement, nous existons depuis le 31 mars 2010, date d'enregistrement en préfecture. La publication de notre existence au journal officiel est parue le 17 avril, sous le numéro 20100016. Vous pouvez vérifiez tout cela ici (c'est la quatrième annonce sur la page).

    "Deux Mains, Haïti" a pour but de contribuer à l'émergence et au développement d'une nouvelle Haïti. Elle est le fruit de la volonté de plusieurs personnes qui ont ressenti le besoin d'être aux côtés du peuple haïtien après le séisme  du 12 janvier 2010.

    L'orthographe du nom de l'association va au-delà du simple jeu de mots. Nous avons choisi cette graphie parce que le mot "demain" nous place dans une action qui se veut efficace sur le long terme. Elle s'inscrit donc dans la durée. Cependant, il n'est pas question de créer une situation selon laquelle nous serions pris dans un cercle vicieux qui ne conduise pas à l'autonomie du peuple haïtien. La durée se mesure à la qualité des projets que nous portons: ces projets visent à rendre ces bénéficiaires responsables et comptables de leur propre avenir et de l'avenir de leur pays. En somme, ils visent à mettre les gens sur des rails, leur donner des moyens, des savoirs et savoirs-faire pour lancer la locomotive afin qu'ils puissent continuer de la faire fonctionner seuls par la suite.

    "Deux mains" suppose aussi une pluralité de bras qui porte notre projet. C'est la reprise de la devise haïtienne "men anpil, chay pa lou", créole dont le sens est "plus il y a de mains, moins la charge est lourde" et que l’on retrouve au bas du drapeau haïtien à travers la phrase "L'union fait la force". Il faut aller au fondement d'Haïti pour saisir le sens de cette devise. C'est un rappel que ce pays dont les libérateurs ont voulu qu'il soit la "première république noire" est le fait de l'union des noirs, des mulâtres et des blancs.

    Ce qui prévalait au moment de la création de la république était le pays. Tous les acteurs de la libération, qu'importait la couleur de leurs peaux et leurs origines, étaient mus par l'esprit de solidarité pour conquérir la liberté et la dignité humaine. Il n'est pas question de se libérer de contraintes imposées par l'homme aujourd'hui. Il s'agit néanmoins de faire reculer la fatalité et de préserver la dignité humaine.

    Il convient malgré tout d'observer que nous ne sommes pas une association de la diaspora/communauté haïtienne vivant en France ou dans la banlieue bordelaise, où se trouve le siège de l'association. Même si nos actions pourront nous amener à travailler avec cette diaspora, et pourquoi pas avec des associations culturelles haïtiennes, nous préférons nous définir comme une association pour aider Haïti et son peuple.

    S'agissant des fondateurs de l'association, ils sont quelque part, et modestement, à l'image des fondateurs de la république d'Haïti qu'ils souhaitent aider. Certains ont des liens étroits avec le pays; deux d'entre eux sont ce que l'on appelle là-bas des "natif natal", c'est-à-dire qu'ils y sont nés; alors que d'autres n'ont d'autres liens que celui d'amitié, d'humanisme et de fraternité. Trois des membres fondateurs de l'association travaillent dans l'enseignement; deux appartiennent à d'autres catégories socioprofessionnelles: retraitée et travailleur indépendant.

    Nous vous invitons à visiter le reste de ce blog et en particulier à prendre connaissance de notre dossier de présentation et d'objectifs. Nous y développons nos différentes priorités, comment nous espérons travailler avec vous et avec le peuple haïtien.

    Enfin, si vous avez des questions plus précises auxquelles nous n'avons pas répondu dans la présentation ou sur le reste du blog, si vous désirez vous joindre à nous, n'hésitez pas à nous contacter ou à télécharger notre formulaire de don/adhésion. Votre soutien nous est précieux. Dans le cas où vous faites le choix de nous soutenir, nous vous invitons à nous laisser vos coordonnées afin que nous puissions vous informer de nos actions et du bon usage de vos dons."

    Je vous invite à vous rendre directement à l'adresse http://deuxmainshaiti.wordpress.com/ pour connaître ses objectifs de l'association.

  • Pour qu'Haïti ne sombre pas dans l'oubli

    Quelle est la situation actuelle en Haïti?

    Trois mois après le séisme, France info a fait une journée de direct là-bas afin d'informer de l'état de la situation. On ne peut qu'apprécier une telle démarche quand on sait qu'environ un mois après le séisme, on ne parlait presque plus d'Haïti dans les informations, comme si l'objectif était de rendre compte du malheur et de la désolation dans ce qu'ils ont de plus immédiat. Or, si cet événement n'a été que ponctuel, quelques secondes pour ravager un pays et causer plus de 250 000 morts, les conséquences sont là. Les nouvelles qui me remontent d'Haïti témoignent que l'absence des médias étrangers capables de toucher un large public conduit à un certain abandon des Haïtiens pour se débrouiller avec ce qu'ils n'ont pas, à savoir des moyens.

    Je comprends que les grands médias ne peuvent pas tout le temps se focaliser sur Haïti et que les artistes et célébrités qui se sont mobilisés un jour ne peuvent pas le faire de manière permanente. D'autres drames dans le monde attirent leur attention; ils sont souvent engagés dans d'autres actions caritatives. Ce qu'il faut espérer tout de même c'est que l'on n'oublie pas Haïti. Le tremblement de terre a révélé à une bonne partie du monde ce petit pays riche en histoire et en culture mais malmené par des instabilités politiques du fait de dirigeants peu soucieux de l'intérêt du peuple et par des événements climatiques. Une grande partie de cette découverte s'est faite dans l'instant, sur le moment; tant que les médias y trouvaient encore un certain intérêt? Peut-être pas, parce que leur présence a beaucoup contribué à la découverte du pays et à soulever un grand mouvement de solidarité.

    Après l'émotion du moment, ce que je veux dire c'est qu'Haïti a encore besoin des médias. Ils ont un travail extrêmement important de garde-fou à accomplir sur place. On a besoin d'eux sur place pour que les aides arrivent réellement dans le pays. On a besoin d'eux pour qu'il y ait de la transparence dans la gestion et l'utilisation des aides et des dons.

    On a aussi besoin des médias et de toutes les bonnes volontés pour faire un travail de pédagogie sur Haïti. Quel est vraiment ce pays? Quelle est son histoire? Sa culture? Sa richesse? Ce travail permettra à tous ceux qui ont donné et à tous ceux qui donneront de comprendre pourquoi ils font bien d'être solidaire avec ce pays.

    Je suis conscient qu'il y a beaucoup d'actions qui se font ici et là. J'ai même contribué à mettre en place avec des collègues une conférence sur Haïti et le France dans mon lycée. Intitulée "Histoires et interculturalité franco-haïtienne", cette conférence a permis à près de 400 lycéens et étudiants d'écouter et de dialoguer avec deux universitaires spécialistes de la question. Il s'agissait de M. Rafaël Lucas, maître de conférences à l'université Bordeaux 3, membre du Centre d'Etudes Littéraires et Linguistiques Francophones et Africaines (CELFA); et de Jacques de Cauna, université de Pau et des Pays de l'Adour, membre du Centre International Recherche sur les Esclavages du CNRS (CIRESC). Cette initiative a largement été soutenue par la direction du lycée qui envisagerait de former de jeunes haïtiens aux métiers de l'imprimerie, une des spécialités du lycée. Affaire à suivre.

    Toujours dans le même lycée, à l'initiative d'un élève et grâce au soutien de la Vie Scolaire, on va organiser un tournoi sportif. Chaque participant donnera 1,50 € pour Haïti. Ce sont ces mêmes lycéens qui avaient pris de leur temps pour écouter et débattre pendant trois heures avec nos universitaires. Comme quoi, les jeunes sont aussi soucieux de contribuer, même modestement, à la reconstruction d'Haïti.

    J'annoncerai au moment opportun d'autres initiatives et actions entreprises pour éviter qu'Haïti ne sombre dans l'oubli.

  • Du courage pour tacler le CRAN

    (Deuxième partie)

    "Proposition N°31 - Lancer une campagne d'information sur le SIDA à destination de la diversité, améliorer la prise en charge de la drépanocytose et du saturnisme". Alors là, on atteint un sommet! Cette proposition est scandaleuse et inacceptable!

    Pourquoi? Elle valide le cliché que les noirs ont une sexualité débridée, et que cette absence de retenue sexuelle expliquerait le fait que les Français des DOM, en particulier de la Guyane, soient parmi les personnes les plus touchées par le SIDA, selon les chiffres de l'Institut nationale de veille sanitaire de 2008.

    La demande sur la drépanocytose relève d'un autre niveau. Mais je trouve la demande du CRAN de l'inclure dans une campagne contre le communautarisme tout aussi scandaleuse. Certes, elle touche principalement les personnes d'origine africaine mais si cette maladie perdure encore, si le SIDA se répand plus fortement dans les DOM, c'est que la république a failli. Elle n'a pas fait son travail d'information, de prévention et de soin dans les DOM tout comme cela n'a pas été assez bien fait auprès de certains "groupes à risques" (homosexuels et prostituées) du fait de leur marginalisation. Il est à regretter que le CRAN n'ait interrogé aucun spécialiste de la santé sur ces questions.

    En ce qui me concerne, la lutte contre ces maladies ne relève pas d'une lutte contre le communautarisme. Il s'agit d'une obligation sanitaire de la république vis-à-vis de ses enfants, quel que soit l'endroit où ils se trouvent, indépendamment de leurs origines.

    Il y aurait encore d'autres objections à soulever sur d'autres propositions du CRAN et son amateurisme sur un sujet d'une extrême importance pour la république. Cet amateurisme transparait non seulement dans la nature contre-productive de ses propositions mais également dans l'utilisation abusive des mots. Le plus flagrant en ce sens est probablement le substantif "diversité". En effet, comment le comprendre dans une expression comme "campagne d'information [...] à destination de la diversité"? Qu'est-ce qu'on entend par là? Est-ce que le CRAN veut parler des minorités ethniques qu'il prétend défendre dans son rapport? Depuis quand "diversité" est-il devenu synonyme de "minorité ethnique"?

    Il n'est pas aisé de trouver des réponses à ces questions. On comprend dès lors que Sébastien Fath l'ait utilisé avec des guillemets, suivi d'un "sic" ; plus que des pincettes, il les manipule avec une précision chirurgical pour éviter qu'on les lui prête.

    Pour finir, je me pose la question de savoir comment un sociologue comme Michel Wieviorka, "poids lourd de la recherche en sciences sociales en France actuellement" (?), selon Fath, ait pu aider à pondre un rapport avec des points aussi mauvais, paternalistes et qui stigmatisent ceux que l'on souhaite défendre? Comment des chercheurs dignes de ce nom, des humanistes, peuvent cautionner, par leurs noms, un rapport qui propose de fragmenter encore plus la république en petits ilots communautaristes?

    Je refuse que l'on m'enferme dans une communauté ethnique. Je suis noir, "issu de l'immigration", mais je ne me reconnais pas dans toutes les propositions du CRAN pour lutter contre le communautarisme. Est-ce grave docteur?

    A lire aussi, cette note encore plus violente de Claude Ribbe: "Discrimination positive pour les lèche-bottes: Lozès bientôt dans le fauteuil de Sabeg?"