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Réflexions de Carter CHARLES - Page 5

  • Du courage pour tacler le CRAN

    (Note en deux parties)

    Le 9 mars dernier, Sébastien Fath a posté une note concernant les 50 propositions du Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN). Il a été pris à partie par un certain "Elysee" du fait de ses réserves s'agissant de la démarche de Patrick Lozès et de la "représentativité" du CRAN. "Elysee" soupçonne chez lui un racisme qui ne dirait pas son nom. Ses commentaires m'avaient décidé à réagir le 12 mars en affirmant que "le CRAN se grandirait à prendre en compte les critiques à son endroit au lieu de se braquer".

    Je pensais m'arrêter à ce commentaire ; mais après lecture des propositions du CRAN, je me suis dit que je me devais de m'exprimer plus en avant sur les 50 propositions, en particulier sur certains points qui me paraissent totalement aberrants.

    Je me doute bien que mes propos risquent de ne pas être acceptés par tous et que certaines accusations pourraient en résulter. Mais je prends le risque; en espérant qu'ils ne seront pas récupérés ou mal interprétés non plus.

    aime_cesaire.jpgBon nombre des propositions du rapport du CRAN m'ont conduit à me poser la question de savoir si ses auteurs, Patrick Lozès et Michel Wieviorka, avaient vraiment saisi la portée de la fameuse réplique du regretté Aimé Césaire, "le nègre te dit merde"; propos dont le sens est que le nègre fait partie de la république, qu'il n'a pas l'intention de se laisser marginaliser, et donc qu'il va falloir compter avec lui, dans la république.

    Or, que constate-t-on dans certaines propositions du CRAN? Une volonté de s'ostraciser, de se couper de la république tout en légitimant de manière tacite certains clichés racistes.

    En voici quelques exemples :

    "Proposition N°3 - Créer une administration dédiée à la création d'entreprises de la diversité". Le CRAN demande la création de beaucoup de choses ; le verbe "créer" apparaît plus de dix fois dans les propositions. Rien que cela suffit à expliquer pourquoi Sébastien Fath les qualifient de "usine à gaz surréaliste". Mais, bon sang ! Pourquoi demander à la république de créer une administration spécifique aux entreprises de la diversité? Pour que les Antillais, les Africains, les Arabes, les Européens puissent faire leurs courses chacun de son côté? Et par la même pour que la république valide son propre éclatement? Pourquoi ne pas demander par la même occasion que la république crée une école pour chaque groupe ethnique?

    Je n'y comprends rien. Ne vaut-il pas mieux créer des occasions où les différentes composantes ethniques de la république, peu importe leurs origines, se rencontrent et apprennent à se connaître? Un défenseur du rapport du CRAN me dira que c'est justement ce que l'on retrouve dans la Proposition N°50, dans laquelle le CRAN demande l'organisation d'une Fête nationale de la diversité et de l'égalité. Je répondrais "tout et son contraire". Car, si on veut une occasion où la république se rencontre sur un pied d'égalité pour faire la fête, il ne faut pas chercher loin. Il y a quelque chose qui a lieu tous les ans, le 21 juin, dans toute la France, et cela s'appelle la fête de la musique. C'est pour tout le monde. Les fêtes dans lesquelles où l'on met en avant un groupe ethnique ne sont pas nationales mais locales.

    Je ne nie pas le rôle des communautés. Je suis toujours très heureux de me retrouver de temps à autres avec des amis haïtiens, parlant en créole et partageant un bon plat de chez nous. Cependant, chez moi c'est aussi ici. Mon compatriote, mes amis, ce sont aussi ceux qui ont une autre couleur de peau et une culture différente de celle dont je suis issu. Et je n'ai pas besoin que l'Etat vienne me dire où je dois aller faire mes courses, avec qui je dois faire la fête, travailler et passer du temps.

    "Proposition N°13 - Développer le parrainage entre salariés". Que l'on fasse un travail de sensibilisation de l'intérêt des uns pour les autres, pas une campagne à sens unique, je veux bien. Mais le "parrainage" a ses limites et sa réussite dépend de beaucoup de choses. Il peut arriver que l'on prenne quelqu'un sous ses ailes pour être son mentor, formateur, etc. Mais intégrer cette démarche à une campagne de lutte contre le communautarisme approuvée ou menée par l'Etat serait trop paternaliste. Cela me fait penser au "petit" noir ou à l'arabe auquel on donne sa chance et que l'on aide à réussir professionnellement parce qu'il ne peut pas y arriver seul, parce qu'il n'aurait pas les compétences pour cela.

  • Soyez "fiers d'être fonctionnaires": quand "l'hôpital se fout de la charité"

    Cela devrait me faire chaud au cœur en lisant le président de la république qui invite les fonctionnaires à être fiers de ce qu'ils sont. Non mais, c'est vraiment touchant à l'endroit des agents de l'état que de lire "on ne parle pas bien des fonctionnaires. On ne respecte pas assez vos compétences. On ignore les difficultés qui sont les vôtres"; dixit Nicolas Sarkozy, repris par le NouvelObs.com.

    Mais voilà, quand je lis cette belle phrase, je deviens méfiant. Je me dis que ce n'est pas possible. Ce doit être un rêve ; c'est trop beau pour être vrai. Sur le constat, il n'y a rien à redire. Franchement, chapeau! Mais avouons tout de même qu'il y a un air de "l'hôpital qui se fout de la charité" dans ce diagnostique on ne peut plus précis. C'est vrai qu'il ne fait pas bon d'être "fonctionnaire". Nombre de mes collègues n'osent pas dire qu'ils sont fonctionnaires. Quand certains salariés séquestrent leurs patrons pour garder leurs emplois, on nous balance que les fonctionnaires, eux, n'ont pas le droit de se plaindre, de vouloir garder leurs acquis, leurs postes. C'est irrationnel parce qu'au lieu d'aspirer au fonctionnariat, que l'on estime être une bonne situation, autrement on ne jalouserait pas les fonctionnaires, on a légitimé les pires politiques de destruction de postes en tapant sur les fonctionnaires. C'est un sport national.

    904721-1116537.jpg?v=1289399415Car, voyez-vous, être fonctionnaire c'est être "planqué"; c'est avoir une situation bien meilleure que l'autre. C'est du "et moi, et moi, et moi?", quoi. Certains collègues vivent cette haine en parlant de "racisme anti-fonctionnaires".

    Sauf que la jalousie des fonctionnaires est quelque chose qui s'orchestre depuis bien longtemps, aussi bien par des politiques de gauche que de droite. Avec tout de même une accélération grâce à l'idéologie politique actuelle qui a permis de faire passer l'idée complètement irrationnelle que la meilleure façon de régler les problèmes de déficit, des retraites, et tout ce qui va mal dans le pays, c'est de stigmatiser un groupe d'actifs pour finir par niveler par le bas. Combien de fois n'ai-je pas entendu des chômeurs s'en prendre à des fonctionnaires tout simplement parce qu'ils sont "casés". L'image de droite, empruntée sur le net, est assez évocatrice des clichés.

    C'est vrai qu'il y a des avantages dans la fonction publique. Tous les métiers présentent des avantages et des inconvénients. Mais, c'est toujours facile de fantasmer de l'extérieur. Quand maintenant je m'énerve sur des copies de mauvaise qualité, avant, je me grattais, je me faisais jeter par ma femme parce que je sentais l'alcool ! Vous comprendrez plus loin.

    Avant d'être enseignant, j'étais ouvrier spécialisé dans le bâtiment. Certes, je n'avais pas la moitié de mon service à effectuer sur un chantier et le reste chez moi. Non, je n'avais pas autant de vacances. Par contre, pour gagner 1300 euros par mois, je n'avais que mon expérience professionnelle, aucun diplôme. Avec un bac+3, un professeur certifié débutant ne gagne pas beaucoup plus; sachant qu'il faudra à l'avenir un bac+5 pour enseigner. Il faudra voir la grille de salaires qui va avec.

    Le fait de connaître les deux corps de métiers me permet de faire la part des choses entre fantasmes et réalités. Par exemple, même si certains refusent de l'admettre, une heure avec nos enfants-rois maintenant scolarisés peut être aussi fatigant pour un enseignant que l'heure d'un ouvrier avec un marteau piqueur. La seule différence est que les deux fatigues ne commencent pas aux mêmes endroits. L'une est d'abord un épuisement qui peut être psychologique mais qui envahit tout le corps ; l'autre commence par le physique pour envahir l'esprit. Dans les deux cas, c'est l'individu dans son ensemble qui se trouve affecté.

    Avec des classes allant jusqu'à 34 élèves dans laquelle je passe une bonne partie de mon temps à faire le gendarme afin de pouvoir transmettre un minimum; avec des élèves de terminale complètement "pommés"/paumés et qui se plaignent qu'on leur demande de travailler; avec des parents qui n'ont qu'à prendre le téléphone pour qu'on annule un travail de rattrapage, décrédibilisant un enseignant, réduisant à néant tout ce qu'il a construit... je me dis parfois que j'étais bien dans le bâtiment. Au moins quand je rentrais chez moi, je n'avais pas une tonne de copies, presque toutes minables, à corriger.

    C'était aussi bien que cela dans le bâtiment? Non, autrement j'y serais resté. Ce qui me valait d'être labellisé "ouvrier spécialisé" c'était de savoir travailler avec des produits complexes et dangereux; des produits à base de fibres de verre, de la résine (polyester et époxy), de l'acétone et d'autres produits chimiques, dans des espaces parfois réduits (cales de bateaux, cuves souterraines, etc.). Je devais porter un masque pour exercer ce métier. Même avec ça, on plaisantait entre collègues qu'on ne passerait pas à l'éthylotest en cas de contrôle en fin de journée. J'ai beaucoup d'estime pour ceux qui exercent ces métiers difficiles. Mais, j'aspirais à mieux. Et pour moi, ce "mieux" c'était de pouvoir être un jour à la place de mes professeurs. Un rêve de gamin. Benh quoi? On a le droit de choisir son métier, non?

    Fier d'être fonctionnaire? C'est l'estime et la fierté de cette fonction désintéressée qui m'ont motivé et qui me motivent encore. Je suis fier d'avoir œuvré aux côtés de ceux qui construisent physiquement ce pays. Je suis maintenant fier d'œuvrer, à ma modeste manière, à la transmission de savoirs, à aider des jeunes à construire leurs propres systèmes de pensée. Je me demande combien pourront dire dans trente ans qu'ils sont fiers d'être fonctionnaires. Certains le diront peut-être mais d'ici là, le mot ne recouvrira plus le même sens.

    Car être fonctionnaire de nos jours c'est faire partie d'un corps en voie de disparition. Le président de la république, le pourfendeur des fonctionnaires, celui qui a réussi à faire croire que limoger la moitié d'entre eux c'est rendre un service au pays, se prendrait-il à les réhabiliter ? Le sens du mot a dû avoir bien changé. C'est comme dire l'oraison funèbre d'un regretté. Ah, qu'il fut bon d'avoir ce bon vieux statut ! Il nous a rendus bien des services. Vous pouvez être fiers d'être [d'avoir été ?] fonctionnaires.

    Ou peut-être que je me trompe. Peut-être est-il vraiment sincère. Peut-être s'est-il rendu compte qu'on n'avait pas besoin de laisser durer l'exercice du droit de retrait des collègues du lycée Adolphe Cheriou, lequel retrait a été requalifié par un de ses ministres préférés en "grève" afin de pouvoir sanctionner ses fonctionnaires nouvellement rendus fautifs. Peut-être a-t-il décidé de ne plus diviser pour mener sa politique. Peut-être a-t-il "changé". Je ne sais pas pourquoi mais ce mot me rappelle une certaine période électorale.

    Mais, pourquoi pas ? On peut changer, après tout.

  • Mais, quelle mouche a piqué Ali Soumaré ?

    h_4_ill_1271477_ali-soumare.jpgCette affaire prend une tournure très américaine : pour être élu en France, il faut montrer patte blanche ! Belle expression qui, dans le cas d'Ali Soumaré, tête de liste PS pour les régionales du Val-d'Oise, n'est pas sans arrières pensées. Dans son cas, "montrer patte blanche" a deux explications possibles : l'une explicite et portée sur la place publique, l'autre implicite.

    Bien entendu, personne n'a osé utiliser l'expression dans la campagne des régionales du Val-d'Oise. Quoiqu'il en soit, Ali Soumaré n'a pas montré "patte blanche". Il n'a pas un casier judiciaire "vierge". Eh oui, certains veulent nous faire croire que pour être élu dans ce pays, on ne doit jamais avoir commis de délits dans sa vie. Et pas besoin de la justice pour dire si l'on reste éligible ou pas.

    Soit. Allons jusqu'au bout de la logique. Opération "mains propres": virons tous nos élus mêlés à de sales affaires, tous ceux qui ont commis un "petit" délit de fuite, un excès de vitesse... bref, toutes les violences faites à la république. Je me demande combien il en resterait aux affaires.

    Sinon, c'est vraiment nauséabonde de mettre Soumaré sur le pilori. C'est une façon d'exclure tous les "petits" repris de justice qui n'ont pas le bras suffisamment long pour faire taire leur passé. Mais quelle mouche a piqué ce Soumaré? Il aurait dû y penser! On ne vient pas jouer dans la cour des grands quand on a été "délinquant des cités"! Il faut avoir été un "délinquant des élites", des hautes sphères pour jouer au jeu "noble" qu'est la politique, mon p'tit gars ! Bon, aller, il est plus grand que moi de plus d'une tête.

    Mais enfin, c'est vrai, Soumaré est un petit gars dans le monde politique, que le PS laisse se démerder tout seul. Car, "Ali Soumaré embarrasse le PS francilien", titre le Figaro.fr de ce matin. Face à la démarche qui consiste à le discréditer en publiant son "quasi" casier judiciaire sur la place publique, le PS se serait contenté de dire "qu'Ali Soumaré allait poursuivre en diffamation les responsables UMP du Val-d'Oise". C'est bien le parti socialiste, ça. Quand l'UMP fait bloque derrière ses membres (cas Penchard est le dernier en date), le PS se la joue "à la Ponce Pilate", il s'en lave les mains. Il lâche en pâture : souvenez-vous du cas de Julien Dray.

    En attendant une hypothétique prise de position plus ferme du PS, devinez qui vole au secours de Soumaré ? Jean-Paul Huchon. Wow ! Il n'y a rien de mieux pour valider la critique adverse que Soumaré soit un "délinquant  multirécidiviste" ! Huchon a récemment été condamné pour prise illégale d'intérêt. En d'autres termes, c'est un "délinquant" qui vole au secours d'un autre. Mais bon, faisons feu de tout bois.

    Contrairement à Huchon, Soumaré n'a pas d'assise politique ; ses reins ne sont pas assez solides pour contenir les pressions politiques et médiatiques qui s'abattent sur lui. Et, contrairement à Huchon, les déterminismes sociaux jouent contre lui. Il n'a donc aucune chance.

    Mais il n'y a pas que l'attitude du PS qui soit à critiquer dans cette affaire. La stratégie de l'UMP locale est à vomir. C'est que la candidature de Soumaré est alarmante, elle menace la république des "civilisés" jamais condamnés ou mis en garde-à-vue. Selon un député-maire UMP, s'il s'avère que le PS était au courant des démêlés de Soumaré avec les forces de l'ordre et la justice, "...ce serait un coup odieux porté à la valeur de la diversité que d'avoir choisi, pour la représenter, un délinquant multirécidiviste." Franchement, celui-là n'a pas de leçon à recevoir de Frédéric Lefèvre! Il ne doit pas savoir que les jeunes des cités qui n'ont pas eu des soucis avec les forces de l'ordre sont une espèce rare. Ce genre de discours exclut de fait un pan entier de la société française du système politique.

    En anglais cela s'appelle "disenfranchize". Osera-t-on parler de "dénaturalisation"? Car, selon mes dernières connaissances, s'il n'y a pas d'inégibilité déclarée par les tribunaux compétents, le retrait des droits civiques et politiques des citoyens ne peut se faire que par la "dénaturalisation". Mais bon, je peux avoir manqué un chapitre.

    "Quoi, t'as pas tes papiers ? Tu viens avec nous au commissariat !" Quelle naïveté de ma part que d'avoir pensé que ces enfants de secondes zones faisaient partie de la république. Mais, tu débloques Carter!

    Et Valérie Pécresse, qui n'est quand même pas rien dans l'appareil UMP sur le plan national, de renvoyer le PS à ses responsabilités d'avoir présenté un repris de justice face à la noble classe politique régionale ! Mais quel affront ! Pardon, madame la baronne ! Il eu fallu mettre ce voyou aux fers et l'expédier aux bagnes! Ah oui, l'outre-mer n'est plus la prison à ciel ouvert de la métropole.

    La seule responsabilité qui vaille c'est que le parti socialiste fasse cesser ce lynchage politique, duquel il s'est rendu complice de par son silence.

  • Lettre ouverte du CIRESC à nos gouvernants sur la reconstruction d'Haïti

    On ne saurait reconstruire un pays, dans le sens noble du terme, sans penser à la formation de ses citoyens. Une reconstruction qui vise l'autonomie passe nécessairement par là aussi. Au moment même où le président de la république, Nicolas Sarkozy, s'apprête à se rendre en Haiti, visite attendue par les deux peuples, les intiatives, les appels à l'amélioration des liens entre les deux pays se multiplient. Dans la continuité de ma note du 7 février, je poste ici une lettre ouverte du CIRESC (Centre international de recherche sur l'esclavage) qui m'a été transmise par l'historien Jacques de Cauna. La lettre a été publiée dans le Sud Ouest du 12 février.

    Cela fait des années que de Cauna - fin connaisseur d'Haïti, dont la qualité du travail et l'investissement personnel sont reconnus par ses paires et par la république d'Haïti - se remue pour des relations plus étroites et plus fortes entre la France et Haïti. Il faut espérer que nos gouvernants sauront ententre lui et tous ceux qui portent le projet Ciresc; et surtout qu'ils sauront agir.

    La lettre:

    Lettre Ouverte du CIRESC

    Soutenir la reconstruction du système éducatif et de recherche d'Haïti

    Toutes nos pensées sont tournées en ce moment vers Haïti, pays où nous avons des racines, des amis, société avec laquelle nous travaillons - à travers des programmes de recherche menés avec des enseignants et des chercheurs haïtiens ou des enseignements que nous y faisons, ou encore des étudiants que nous formons -, pays aussi que nous étudions pour sa contribution à l'histoire de l'Humanité et à celle de la Liberté. Nous présentons nos sincères condoléances à chaque Haïtien et nous voudrions, plus particulièrement, les adresser à nos collègues des écoles et des universités ruinées par le tremblement de terre.

    L'ampleur du désastre est choquante mais au-delà des urgences vitales, il faut déjà penser à l'avenir et soutenir la reconstruction d'un système éducatif et de recherche, gage d'un avenir meilleur... s'il est bien organisé. Le « séisme de décrochement » qu'a connu Haïti devrait inviter à prendre cette rupture dramatique et fatale à trop d'Haïtiens comme le signal des changements nécessaires à opérer vis-à-vis de ce pays, notamment en termes de représentations d'Haïti et de conception de la solidarité internationale, les deux étant liés. Nulle « fatalité », ni « malédiction » dans la destruction de la majeure partie des structures éducatives mais plutôt effet de l'exode rural et installation dans des zones d'habitat précaires. Nulle « agitation », ni « désordre » mais dignité  et  résilience  dans les descriptions de l'écroulement des bâtiments de l'Ecole Normale Supérieure et dans les demandes de reprise des cours que font parvenir nos correspondants haïtiens grâce à l'incroyable mobilisation des réseaux de recherche internationaux à travers les réseaux Internet. Les clés d'Haïti ne sont pas remises aux étrangers comme le dit le Président d'Haïti, René Préval, même si la solidarité est demandée à la communauté internationale.

    Gérard Barthélémy, anthropologue récemment disparu, n'a eu de cesse de rappeler que le mal développement en Haïti était inversement proportionnel à l'aide internationale apportée au pays, il faut sans doute se le rappeler aujourd'hui en ce qui concerne la formation. Il faut éviter que le réseau éducatif soit reconstruit sur des initiatives dispersées, lancées par des nations, des organismes, ou des individus. Sous l'égide des responsables haïtiens, un schéma global intégrant aussi bien les formations primaires, l'enseignement technique (agriculture, artisanat) que le supérieur et aussi la formation d'enseignants doit être établi. C'est la raison pour laquelle, dans la perspective de la prochaine conférence de Montréal du 25 janvier prochain, nous demandons à chacun de nos gouvernements, et ici au gouvernement français, d'en appeler à l'organisation d'un plan international qui mettrait en synergie toutes les compétences qui peuvent concourir à la remise en route du réseau éducatif et de recherche en Haïti, fondement de la vitalité culturelle et intellectuelle de ce pays et garantie de sa survie.

    Sans attendre cependant ces décisions futures, il est indispensable de soutenir les chercheurs et étudiants haïtiens au niveau des pays et universités qui les accueillent actuellement.  Pour la France, nous demandons au Ministre de l'Education Nationale, à la Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ainsi qu'aux Présidents des instituts de recherche et d'enseignement supérieur le financement de « chaires Haïti » qui permettraient de recevoir des chercheurs et des enseignants, la création de bourses destinées aux étudiants haïtiens, la mise en place de missions d'enseignement et de formation en Haïti selon les besoins exprimés par nos interlocuteurs. Nous demandons au Ministre de l'Intérieur, l'attribution plus souple de visas pour les étudiants qui veulent venir étudier en France. Il en va de notre honneur d'enseignants, de chercheurs et de citoyens dans la communauté internationale.

    Signatures

    • Myriam Cottias, Directrice de recherche au CNRS, Centre International de Recherches sur les Esclavages, EURESCL (7e PCRD), CRPLC, Université des Antilles et de la Guyane.
    • António de Almeida Mendes, Maître de Conférences, Université de Nantes, Centre International de Recherches sur les Esclavages (CIRESC)
    • Jacques de Cauna, Docteur d'Etat, Université de Pau, Centre International de Recherches sur les Esclavages (CIRESC), Commandeur Ordre national Honneur et Mérite de la République d'Haïti
    • Elikia M'Bokolo, Directeur d'Etudes à l'EHESS et CIRESC
    • Ibrahima Seck, historien, Professeur à l'Université Cheikh Anta Diop, Dakar, Sénégal, et CIRESC
    • Paul Lovejoy, University of  Hull (G.-B) et CIRESC
    • Marie-Albane de Suremain, Université Paris Est, CIRESC
    • Cédric Audebert, CRS Migrinter et CIRESC
    • Catherine Coquery-Vidrovitch, CIRESC
    • Michel De Waele, Directeur du département d'histoire, Université de Laval, Canada
    • Gérard Noiriel, historien, Directeur d'Etudes à l'EHESS
    • Jean-Marie Théodat, Maître de Conférences Université Panthéon-Sorbonne, laboratoire PRODIG.
    • Bogumil Jewsiewicki, Université Laval (Canada)
    • Francine Saillant, Directrice du CÉLAT, Université Laval, Québec
    • ..., etc (497 signatures au 1er février 2010)

     

    Contact : ciresc@ehess.fr

    Pilotage CIRESC

    Responsable

    • Myriam Cottias, Historienne, Directrice de recherches, CNRS, Université des Antilles et de la Guyane

    Membres du Bureau

    • Antonio de Almeida Mendes, Historien, Maître de conférences, Université de Nantes, France.
    • Cédric Audebert, Géographe, Chargé de recherches, CNRS, Migrinter, Université de Poitiers, France.
    • Myriam Cottias, Historienne, Chargée de recherches, CNRS, Université des Antilles et de la Guyane.
    • Elisabeth Cunin, Anthropologue, Chargée de recherches, IRD.
    • Issiaka Mandé, Historien, Sedet, Université Paris 7 Denis Diderot, France.
    • Dominique Rogers, Historienne, Maître de conférences, Université des Antilles

    Membres du Comité scientifique

    • Luiz Felipe de Alencastro, Historien, Professeur, Université Paris IV, France.
    • Carmen Bernand, Anthropologue, Professeur émérite, Université de Paris X, France.
    • Jean-Luc Bonniol, Anthropologue, Professeur, Université d'Aix-Marseille, France.
    • Roger Botte, Anthropologue, Chargé de recherches, CNRS, EHESS, France.
    • Jacques de Cauna, Historien, professeur détaché, Université de Pau et des Pays de l'Adour, France.
    • Christine Chivallon, Géographe, Chargée de recherches, CNRS, Université de
    • Catherine Coquery-Vidrovitch, Historienne, Professeur émérite, Université de Paris VII, France.
    • Patrice Courtaud, Anthropologue, Ingénieur de recherches, Université de Bordeaux, France.
    • Jean-Michel Deveau, Historien, Professeur des Universités de Nice, Sophia et Antipolis, France.
    • Marcel Dorigny, Historien, Maître de conférences, Université de Paris VIII, France.
    • Fitte-Duval, Annie, Juriste, Maître de conférences, Université de Pau et des pays de l'Adour, France.
    • França Paiva, Eduardo, Historien, Universidade Federal de Minas Gerais, Brésil.
    • Sudel Fuma, Historien, Professeur, Université de la Réunion.
    • Juan Carlos Garavaglia, Historien, Directeur d'études, EHESS, France.
    • Jean Hébrard, Historien, Professeur associé, EHESS, France.
    • Bogumil Jewsiewicki, Historien, Professeur, Université de Laval, Canada.
    • Marie-José Jolivet, Anthropologue, Directeur de recherche, IRD, France.
    • Julie Lirus, Anthropologue, Professeur, Université de Paris VII, France.
    • Anne-Marie Losonczy, Anthropologue, Directeur d'études, EPHE, France.
    • Elikia M'Bokolo, Historien, Directeur d'études, EHESS, France.
    • Pap Ndiaye, Historien, Maître de conférences, EHESS, France.
    • Jean-François Niort, Juriste, Maitre de conférences, Université des Antilles et de la Guyane, France.
    • Olivier Pétré-Grenouilleau, Historien, Professeur, Université de Lorient, France.
    • Fabienne Plazolles Guillen Diop, Historienne, Université de Pau et des Pays de Ladour, France.
    • Jean-Pierre Sainton, Historien, Maître de conférences, Université des Antilles et de la Guyane, France.
    • Nelly Schmidt, Historienne, Directeur de recherches, CNRS, France.
    • Alessandro Stella, Historien, chargé de recherches, CNRS, France.
    • Ibrahima Thioub, Historien, Professeur, Université Cheik Anta Diop, Sénégal.
    • Salah Trabelsi, Historien, Maître de conférences, Université de Lyon II, France.
    • Françoise Vergès, Professeur, Goldsmiths College, Université de Londres, Royaume-Uni.
    • Cécile Vidal, Historienne, Maître de conférences, EHESS, Paris, France.
    • Bernard Vincent, Historien, Directeur d'études, EHESS, France.

    Membres du Comité pour les ressources pédagogiques

    • Thierry Aprile, PRAG en Histoire, IUFM de Créteil, France.
    • Eric Mesnard, PRAG en Histoire, IUFM de Créteil, France.
    • Marie-Albane de Suremain, Historienne, Maître de Conférences, IUFM de Créteil, France.