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intégration

  • Le Nouvel Obs en pince pour Barack Obama

    Voilà un moment que j’ai rédigé cette note mais ne l’a jamais publié. La conclusion d’une chronique de Claude Weil (« Obama et nous ») dans le numéro 2294 pour la semaine du 23 au 29 octobre vient de me rappeler qu’il était grand temps de le faire.

    Deux mots d’abord sur la chronique. Tout à fait d’accord lorsqu’il dénonce « un festival d’indignation surjouée » et d’inciter à chercher à comprendre d’où pouvait venir cette attitude chez certains jeunes à siffler « La Marseillaise ». Par contre, je considère que dire qu’il s’agissait de « quelques centaines de gamins » relève du laxisme. Il a cité Barack Obama (« il n’y a aucun autre pays sur la terre où mon histoire aurait été possible ») pour appuyer son propos, mais n’est pas allé jusqu’au bout de son analyse. Weil omet de dire que si Obama est là où il est, ce n’est pas seulement parce qu’il croit aux potentiels de son pays, mais aussi parce qu’il a toujours cru qu’il était un membre à part entière de la société américaine, en dépit des vexations qu’il a pu vivre. On ne siffle pas impunément l’hymne d’un pays dont on se réclame. Il y a donc une sérieuse crise identitaire chez les jeunes dont la France en est collectivement comptable mais dont on ne saurait imputer seulement à la « collectivité ».

    D’autre part, qu’entend Claude Weil lorsqu’il parle de « mesures différenciées » ? Je soupçonne derrière cette expression ce que nous avons maladroitement traduit en accolant deux termes antinomiques, à savoir la « discrimination positive ». La discrimination raciale ne saurait être positive. C’est une forme de paternalisme. C’est une politique qui consiste à exclure un groupe afin de réparer un mal en se basant sur des critères ethniques. Elle a tendance à occulter les capacités d’un individu au profit de la couleur de sa peau ou de ses origines, en particulier lorsqu’accompagner de tapage médiatique comme ce fut le cas pour la nomination du préfet Aïssa Dermouche.

    Enfin, Claude Weil ferait mieux de mettre des guillemets lorsqu’il parle de « gens de couleur ». C’est une expression creuse qui fait référence à tout le monde et à personne.

    Je passe enfin à ma note de longue date mentionnée plus haut.

     

    Le Nouvel Obs et Barack Obama

    Le Nouvel Observateur en pince pour Barack Obama et ne le cache pas. Il faut le dire, c’est une belle histoire, un métis que tradition et histoire classent dans la catégorie « noir », en passe d’être investi par le parti démocrate et en bonne position pour être élu président des États-Unis. C’est à la fois la réalisation du rêve de Martin Luther King et John F. Kennedy réincarné pour donner un nouveau souffle aux États-Unis. Et comme nous aimons bien émuler les bonnes choses d’outre-Atlantique, surtout les « bonnes choses », nous nous prenons, dans le sillage des médias, à rêver, à rechercher un Barack Obama dans le système politique français comme en témoigne cet article, « Cherche Obama français désespérément… » (5-11 juin 2008, p. 15-16.

    Que le Nouvel Obs interroge le système français est une bonne chose. Le souci dans l’article est que la démarche, comme c’est souvent le cas lorsque l’on réagit à chaud, ne sort pas des sentiers battus du simplisme qui consiste à culpabiliser un groupe de « natifs », majoritaire, afin de montrer de l’empathie envers celui « issu de l’immigration », minoritaire. Et l’on reste dans la caricature en passant de l’immigrant, de l’opprimé, du petit-fils de colonisé et d’esclave aux « natifs », descendants de l’ancien oppresseur qui font peu cas de ces gens « débarqués » d’un autre monde. De fait, si le Nouvel Obs fait un état des lieux du parcours de Barack Obama et des avancées sur le plan intégration et mixité aux États-Unis (« Il y a 10 000 élus noirs aux États-Unis. Des maires, des gouverneurs… C’est de ce terreau qu’a ‘poussé’ Obama », p. 16), l’article témoigne d’un manque de rigueur à transposer les observations de manière objective au système français.

    Le travail de longue halène sur l’intégration des minorités aux États-Unis depuis des décennies, si ce n’est depuis que les premiers colons y ont mis les pieds, a certes contribué à la percée de l’homme Obama. Mais il manque dans l’article un élément capital à son succès, une dimension chère à la société américaine : l’engagement et la responsabilité personnelle. Barack Obama est le fruit du « Self-made Man », de l’homme qui se lève et à force de labeur et d’ingéniosité va se donner les moyens de réussir ; il est le fruit du rêve américain que l’on peut réussir si l’on veut et la démonstration qu’il n’y a pas de déterminisme insurmontable. Barack Obama fait partie de ces américains qui n’attendent pas qu’on leur donne leur chance mais qui la prenne. Il incarne l’histoire du type du fin fond de l’Amérique qui fait son chemin jusqu’au plus haut sommet du pays. En cela, il est un Abraham Lincoln (lui aussi originaire de l’Illinois).

    Or, c’est sur ces points là que l’article du Nouvel Obs pêche. On le sait bien, entre la France et les États-Unis, on est sur deux conceptions différentes des rôles de l’individu et de la société. Là-bas, on est à penser que c’est l’individu qui doit apporter quelque chose à la société ; rappelons-nous le fameux discours de Kennedy : « think not what your country can do for you but you can do for your country » (ne vous interrogez pas sur ce que peut faire le pays pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour le pays). Pour rappel, il était de « gauche » ; bien que là aussi, nous soyons dans une conception politique qui diffère de chez nous.

    Aussi, on a beau être déçu de constater un manque de représentativité des « issus de l’immigration » et des petits-fils de colonisés et d’esclaves, cela ne changera rien à la donne si le constat se limite à arguer « la faute aux autres », de ces « français de souche » qui ne veulent pas partager le pouvoir et l’espace de représentativité. Sans chercher à dédouaner ces derniers de leur avidité, il convient aussi d’interroger aussi les responsabilités de ceux que l’on considère comme les opprimés et les laissés-pour-compte dans la société française afin de mieux cerner les vrais problèmes.

    Lorsque je suis arrivée en Guyane Française (département français, faut-il le rappeler) en 1996, mes nouveaux camarades d’école me traitaient de « petit haïtien débarqué », comme pour me rappeler que je n’étais pas le bienvenu sur le sol français. Les compatriotes de mon âge qui souhaitaient échapper à ce label se mirent à faire comme les jeunes français. Cela aurait pu être à leur honneur, si par « faire comme les jeunes français » consistait à s’inscrire dans une démarche d’acculturation sans pour autant renier ses origines. Malheureusement, ces compatriotes se mettaient à imiter leurs paires dans tout ce qu’il y avait de mauvais dans la jeunesse française sans forcément « devenir français » : ils développèrent une forte propension à la distraction, à faire le fou avec un scooter, une voiture, bref, à « profiter » des nouvelles libertés et du confort au fur et à mesure qu’ils les découvraient.

    Le cas de ces jeunes compatriotes d’origine haïtienne rappelle que beaucoup de jeunes « issus de l’immigration » passent de cultures où le moindre écart aux codes régissant leurs sociétés d’origine ou celle de leurs parents était relevé et les rappels à l’ordre ne tardaient pas à intervenir. En France, ces mêmes jeunes, avec parfois le désengagement de leurs parents, se débrident complètement et perdent souvent leurs précédents repères. La France est le pays de la liberté, n’est-ce pas ? Dans leurs pays d’origines, professeurs et adultes étaient respectés pour ce qu’ils sont et ce qu’ils pouvaient les aider à devenir. Une fois en France, ces jeunes sont passés de ceux qui doivent le respect à ceux à qui l’on doit le respect. Ils sont donc passés de sociétés où l’on ne remettait pas en cause l’autorité des adultes à une société où leur droit d’enfant prime. il ne s’agit pas d’arguer que les jeunes « issus de l’immigration » n’auraient pas les mêmes droits que les jeunes français de « souches » mais de mettre en évidence une faillite dans l’enseignement des devoirs et la mise en responsabilité dans la société française, faillite dans laquelle se sont engouffrés les jeunes.

    Puisque les jeunes arrivent dans un pays où on leur doit tout et que leur seul devoir c’est de profiter de la vie, pourquoi se compliquer la vie ? Pourquoi se forcer à l’école, aller en stage et je ne sais à quelle autre formation alors que sans travailler, on peut vivre décemment par rapport à ce qui se passe dans le pays d’origine ? Ils veulent bien y retourner en vacances pour montrer les belles bagnoles qu’ils peuvent se payer en France mais pas question de s’y installer pour ne serait-ce que pour une année. Eh oui, la vie est trop dure là-bas. Il faut retourner la terre, vendre sur le marché, faire de la mécanique, pétrir le pain, bref, travailler pour vivre.

    On peut reprocher tout ce que l’on veut à la société américaine mais il faut constater qu’elle a su responsabiliser les individus quant à leur devenir. Voilà le terreau sur lequel a poussé Barack Obama. Si l’on n’a pas d’Obama en France, en sus de montrer du doigt les français avides de pouvoir, il faut donc constater un manque d’ambition de la part de beaucoup de personnes « issues de l’immigration » qui bien souvent se contentent de la médiocrité, du juste ce qu’il faut. Pour le reste, on pourra arguer que l’on n’a pas pu échapper au déterminisme de la cité.

    Il ne s’agit pas non plus de crier haro sur l’état providence. Tout état a besoin de pouvoir pallier à un moment donné les faiblesses de ses citoyens. Loin de moi donc l’idée d’inviter à calquer le système social américain qui ignore celui qui n’a pas les moyens de s’en sortir seul. La société française offre une excellente chance à chacun d’avoir une éducation de qualité gratuite et donc d’aller au plus loin. Force est de constater que bon nombre de jeunes ne profitent pas de cela sous prétexte qu’ils habitent la « cité » où « il n’y a rien ». Je ne connais aucune cité en France métropolitaine qui soit dans une situation sociale et d’hygiène plus déplorable que le « village haïtiens » où j’ai habité pendant quatre ans en Guyane Française. C’était un squat sans eau courante, les installations électriques étaient sommaires, les latrines déversaient presque leur contenu dans les espaces de vie sous l’effet des pluies incessantes, la drogue en provenance du Brésil, du Suriname et du Guyana (ancienne colonie britannique d’Amérique du Sud) se vendait à l’entrée du village, là où passait adultes et enfants, etc.

    Là aussi, je ne suis pas en train de justifier l’état d’abandon des cités françaises et le regroupement des populations en fonction de leurs origines et catégories socioprofessionnelles. Ce que je veux dire à partir de mon vécu c’est que dans la vie on peut soit faire comme les français, se plaindre tout le temps sans se bouger, ou profiter des atouts que l’on a et même que l’on peut ne pas avoir, pour réussir. Des deux, Barack Obama et d’autres avant lui ont fait le choix de la réussite, ce qui explique sa position actuelle. On ne rend pas service à la jeunesse française « issue de l’immigration » à être laxiste à son égard, à vouloir à tout prix présenter sa condition sociale comme circonstance atténuante pour justifier ses débordements.