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l'express

  • Oui, M. Barbier, l'indépendance de la presse n'a pas de prix!

    Je pense ne pas faire exception dans la liste de ceux qui reçoivent régulièrement des offres alléchantes pour des produits que l'on veut vous refourguer à prix bradés. L'information simplifiée (Métro, 20 Minutes, etc.) et la gratuite sur Internet (bien qu'elle ne le soit pas tout à fait) a poussé certains organes de presse en perte de lectorats à se lancer dans une telle démarche commerciale, avec en plus des "prix cassés" dans le genre de ce que l'on proposait aux étudiants et universitaires via l'OFUP, des cadeaux (multimédia, des montres, etc) pour appâter le client. On ne pourra pas dire que la presse écrite ne fait rien pour inciter les lecteurs à la lire. Et pourtant, je vais ici tirer un coup de gueule contre un de ces organes de presse écrite, L'Express, pour ne pas le nommer. Et cette note sera ma réponse à leur offre d'abonnement.

    Pour finir les vacances en beauté, j'ai reçu ce matin une publicité nominative de L'Express qui me fait "une offre irrésistible avec 349 € de réduction". Enorme! Me suis-je dit. Mais ce n'était pas fini. Au fur et à mesure de la l'offre, je découvre une panoplie de cadeaux inclus: une montre d'une valeur de 42€, un mini PC d'une valeur de 197€ (une grosse arnaque pour ce prix!) avec sa mini souris... le tout "pour 9€ seulement toutes les 4 semaines".

    Et là, je me suis dit que L'Express et son Directeur Général Adjoint, Eric Matton, qui a signé la lettre de publicité, devaient me prendre pour un imbécile! Voyez-vous, cette petite phrase en gras m'a plus que agacé. Ironie du sort, L'Express joint à l'offre un édito de Christophe Barbier - dont j'apprécie la pédagogie quand je peux suivre  "C' dans l'air" et qu'il y est - dans lequel il défend une presse indépendante financièrement, tout en dénonçant une époque "[...] obscure, sans compter les mensonges et les manoeuvres qui ont pour but de nous leurrer."

    Offre commerciale L'Express.jpgMais au fait, leurrer, user de malhonnêteté intellectuelle, manipuler psychologiquement le futur lecteur en jouant sur des vieilles techniques de vendeur à domicile et des abus de langage, n'est-ce pas ce que fait L'Expresss en faisant croire à ceux qui reçoivent l'offre que "9€ SEULEMENT" et "TOUTES LES 4 SEMAINES", voyez-vous, c'est très établé dans le temps et on insiste là-dessus comme on peut le voir sur le scan à droite, avec une "facilité de paiement très agréable" (prélèvement bancaire, comme ça vous ne voyez rien) ne grèveront pas ("sans déséquilibrer", lit-on dans le prospectus) le budget des lecteurs potentiels? Et, ils osent appeler cela "une offre irrésistible" pour quelques privilégiés, dont moi! En fait, sur un envoie de... aller, quelques milliers, tous les destinataires sont "privilégiés".

    Bien sûr, nul n'est obligé de répondre à l'offre d'abonnement. Il est bien précisé sur le courrier que dans l'éventualité d'un abonnement, le prélèvement se ferait mensuellement. Mais c'est sur les 4 semaines que L'Express axe sa campagne de commercialisation. Parce que psychologiquement, ça passe mieux, surtout en temps de crise. 4 semaines pour payer 9€, on peut le faire, non? Mais, l'étalement sur une longue période et l'insistance sur la petitesse de la somme à payer ne sont-ils pas les nouvelles techniques de commercialisation? Neuf euros, ce n'est rien pourra-t-on dire. Mais ce n'est pas tant ce montant qui me dérange. Ce qui ne passe pas c'est la démarche. Il s'agit de neuf euros ici mais cette démarche permet de vendre ou d'endetter des gens en leur donnant l'impression que leur budget n'en sera pas déséquilibré. Mais non, pardi! Parce que, voyez-vous, dans une telle démarche de commercialisation, chacun dispose tous les mois toutes les 4 semaines d'un poste budgétaire non-affecté de 9€. On n'aura plus qu'à inscrire "Abonnement L'Express" en regard!

    En y réfléchissant un peu plus, je me suis posé la question de savoir si des organes d'information de ce genre (parce qu'il n'y a pas que L'Express qui se livre au jeu de la manipulation) ont encore une ligne de bonne conduite, une éthique commerciale qui les empêche de se prostituer - car je considère que renoncer à l'essence même du journalisme en manipulant c'est se rabaisser - pour vendre l'information. Faut-il faire ce que l'on dénonce, leurrer, manipuler, dire les choses sans trop les dire - user de la langue de bois, quoi - pour gagner en parts de marché? Est-on une presse indépendante, lavée de tout soupçon lorsqu'on use de techniques commerciales douteuses pour appâter le client?

    Quel que soient les réponses, je trouve qu'il y a un manque de rigueur pour un magazine journalistique de haut rang d'essayer de vendre en usant de formulations langagières qui relèvent de la manipulation psychologique; je trouve que c'est encore plus grave, c'est se moquer du lecteur potentiel que de joindre à cette même offre un éditorial dans lequel on dénonce ces mêmes pratiques.

    Oui, M. Barbier, l'indépendance de la presse n'a pas de prix. Il faut toutefois ajouter à cette déclamation qu'une presse inestimable se garde de verser dans des pratiques commerciales critiquables. Au plaisir, toujours, d'écouter vos perspicaces contributions dans le décryptage de l'actualité.