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minorité ethnique

  • Du courage pour tacler le CRAN

    (Note en deux parties)

    Le 9 mars dernier, Sébastien Fath a posté une note concernant les 50 propositions du Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN). Il a été pris à partie par un certain "Elysee" du fait de ses réserves s'agissant de la démarche de Patrick Lozès et de la "représentativité" du CRAN. "Elysee" soupçonne chez lui un racisme qui ne dirait pas son nom. Ses commentaires m'avaient décidé à réagir le 12 mars en affirmant que "le CRAN se grandirait à prendre en compte les critiques à son endroit au lieu de se braquer".

    Je pensais m'arrêter à ce commentaire ; mais après lecture des propositions du CRAN, je me suis dit que je me devais de m'exprimer plus en avant sur les 50 propositions, en particulier sur certains points qui me paraissent totalement aberrants.

    Je me doute bien que mes propos risquent de ne pas être acceptés par tous et que certaines accusations pourraient en résulter. Mais je prends le risque; en espérant qu'ils ne seront pas récupérés ou mal interprétés non plus.

    aime_cesaire.jpgBon nombre des propositions du rapport du CRAN m'ont conduit à me poser la question de savoir si ses auteurs, Patrick Lozès et Michel Wieviorka, avaient vraiment saisi la portée de la fameuse réplique du regretté Aimé Césaire, "le nègre te dit merde"; propos dont le sens est que le nègre fait partie de la république, qu'il n'a pas l'intention de se laisser marginaliser, et donc qu'il va falloir compter avec lui, dans la république.

    Or, que constate-t-on dans certaines propositions du CRAN? Une volonté de s'ostraciser, de se couper de la république tout en légitimant de manière tacite certains clichés racistes.

    En voici quelques exemples :

    "Proposition N°3 - Créer une administration dédiée à la création d'entreprises de la diversité". Le CRAN demande la création de beaucoup de choses ; le verbe "créer" apparaît plus de dix fois dans les propositions. Rien que cela suffit à expliquer pourquoi Sébastien Fath les qualifient de "usine à gaz surréaliste". Mais, bon sang ! Pourquoi demander à la république de créer une administration spécifique aux entreprises de la diversité? Pour que les Antillais, les Africains, les Arabes, les Européens puissent faire leurs courses chacun de son côté? Et par la même pour que la république valide son propre éclatement? Pourquoi ne pas demander par la même occasion que la république crée une école pour chaque groupe ethnique?

    Je n'y comprends rien. Ne vaut-il pas mieux créer des occasions où les différentes composantes ethniques de la république, peu importe leurs origines, se rencontrent et apprennent à se connaître? Un défenseur du rapport du CRAN me dira que c'est justement ce que l'on retrouve dans la Proposition N°50, dans laquelle le CRAN demande l'organisation d'une Fête nationale de la diversité et de l'égalité. Je répondrais "tout et son contraire". Car, si on veut une occasion où la république se rencontre sur un pied d'égalité pour faire la fête, il ne faut pas chercher loin. Il y a quelque chose qui a lieu tous les ans, le 21 juin, dans toute la France, et cela s'appelle la fête de la musique. C'est pour tout le monde. Les fêtes dans lesquelles où l'on met en avant un groupe ethnique ne sont pas nationales mais locales.

    Je ne nie pas le rôle des communautés. Je suis toujours très heureux de me retrouver de temps à autres avec des amis haïtiens, parlant en créole et partageant un bon plat de chez nous. Cependant, chez moi c'est aussi ici. Mon compatriote, mes amis, ce sont aussi ceux qui ont une autre couleur de peau et une culture différente de celle dont je suis issu. Et je n'ai pas besoin que l'Etat vienne me dire où je dois aller faire mes courses, avec qui je dois faire la fête, travailler et passer du temps.

    "Proposition N°13 - Développer le parrainage entre salariés". Que l'on fasse un travail de sensibilisation de l'intérêt des uns pour les autres, pas une campagne à sens unique, je veux bien. Mais le "parrainage" a ses limites et sa réussite dépend de beaucoup de choses. Il peut arriver que l'on prenne quelqu'un sous ses ailes pour être son mentor, formateur, etc. Mais intégrer cette démarche à une campagne de lutte contre le communautarisme approuvée ou menée par l'Etat serait trop paternaliste. Cela me fait penser au "petit" noir ou à l'arabe auquel on donne sa chance et que l'on aide à réussir professionnellement parce qu'il ne peut pas y arriver seul, parce qu'il n'aurait pas les compétences pour cela.