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nicolas sarkozy

  • L’équipe de France comme bouc émissaire

    Oui, l’équipe de France EST un agneau sacrificiel !

    Il ne s’agit pas de nier l’échec de Raymond Doménech, des joueurs et de la Fédération Française de Football. On a été nul ! Cela fait des années que nous sommes sur une pente et que nous perdons en altitude ; ceci même lorsque nous gagnons. En effet, après une multitude de défaites, de rebondissements et de bévues, on a battu le Costa Rica. Certains se sont immédiatement mis à rêver d’une équipe montant en puissance, avec des joueurs de plus en plus en jambes, etc.  Que nenni ! On a été battu par l’équipe de réserve de Chine, juste avant de partir pour l’Afrique du Sud !

    Malgré tout, je persiste à dire que l’équipe est un « coupable idéal » sur lequel on va poser les maux à emporter très loin. Ce qui est paradoxal c’est le fait que cette figure de bouc émissaire pour l’équipe se réalise dans toutes les conditions. Quand elle gagne, la France est en fête ; et l’on voit les politiques inviter les joueurs aux différents palais du pays, leur décernant les honneurs du pays, histoire de « faire leur com ». La victoire devient dans ce cas le déclencheur de ralliement et un appel à la communion nationale autour d’hommes qui accèdent dans la foulée à une sacralité : ils sont des dieux vivants. Même si cette sacralité est fragile et éphémère, le rituel qu’elle génère, la communion nationale (foule en liesse, port de t-shirt frappés du nom des joueurs, tour des villes, des cités, des clubs, des écoles par les champions, etc.), permet d’oublier un instant les contingences du monde réel.  Bref, on s’attend toujours à ce que l’équipe nous serve de prétexte, d’échappatoire à des problèmes que nous avons peine ou que nous échouons à affronter.

    Lorsque l’équipe n’arrive pas à nous faire sortir de nos préoccupations, nous le lui reprochons. Tout comme le politique « fait sa com » lorsqu’il y a victoire, il faut bien relever qu’il est mécontent en cas de défaite. Il ne faut pas forcément voir dans son mécontentement de l’empathie pour le peuple. Si les fans reprochent à l’équipe de leur avoir privé d’une bonne occasion de faire la fête, le politique lui en veut parce qu’il ne peut pas « faire sa com » et parce que, franchement, il n’y a rien de plus pénible qu’un peuple mécontent. Pour rappel, « le moral des Français » est un indicateur de confiance et de consommation.

    On va éviter que cette note ne devienne un fleuve ; l’objectif n’est pas de faire une dissertation, même si on est en période d’examen. Donc, concrètement, il faut observer que l’on fait semblant d’être du côté des Français mécontents.

    Premièrement : le ministre de la santé et des sports de Nicolas Sarkozy, (enfin, c’est la ministre de Fillon, mais vous conviendrez qu’il n’est pas toujours aisé de dire quand Nicolas Sarkozy agit en président de la république et quand il agit en premier ministre), Roselyne Bachelot, demande des têtes. D’abord, la demande des têtes n’est pas une invention de Roselyne Bachelot, qui nous a raconté une histoire à dormir debout après la grève des joueurs pour protester contre leur hiérarchie, mais plutôt des fans, de spécialistes du foot qui crient depuis des années que l’on allait droit dans le mur.

    Deuxièmement : le président de la république demande que l’on tire les conséquences de la débâcle dé l’équipe de France et reçoit Thierry Henry à l’Elysée. La FIFA est furax de cette volonté de mainmise au grand jour. Pour mémoire, le président de la république avait publiquement pris position en écrivant à Doménech avant la coupe. Qu’il l’ait fait n’est pas critiquable en soit ; il est après tout président du pays représenté par l’équipe. Par contre, ce qui est critiquable c’est qu’il ait rendu public sa démarche. Comment peut-on dire au sélectionneur que la France est avec vous alors que ce n’était pas le cas, et en suite retourner sa veste pour dire au peuple, je suis avec vous contre le sélectionneur et acolytes ? Ah oui, cela s’appelle « j’ai changé ». Il est donc coutumier du fait.

    Troisièmement : on fait de la débâcle de l’équipe une affaire d’Etat, c’est le problème du siècle en France, à résoudre au plus haut sommet. En plus de prendre l’affaire en main, le président de la république demande des états généraux du football. Que je sache, lorsque Mme Bachelot a liquidé l’argent des Français (« les coffres sont vides » ou pas ?) sur des contrats manipulés pour acheter des vaccins dont la moitié à finie à la poubelle, le président de la république n’a pas demandé des états généraux de la santé et sur la définition de ce qu’est ou pas une pandémie ! Or, s’il y a une affaire récente qui devait être une affaire d’état, voire une affaire planétaire, c’est bien cette question de grippe H1N1 et le fric que le contribuable Français y a laissé : des vaches à lait, comme d’hab.

    Pendant que nos attentions sont rivets sur ce que l'équipe de France aurait dû faire et n'a pas fait, la presse titre une augmentation du chômage (2.7 millions de chaumeurs en France métropolitaine; inutile de compter les DOM-TOM car ce n'est pas pas la France, n'est-ce pas! Sachant que le chiffre de 2.7 millions comprend ceux que l'on a bien voulu comptabiliser); le gaz va augmenter de 2 à 4.7% en juillet, sachant qu'il y a eu une augmentation de 10% en avril; il y a eu quelques millions de personnes dans les rues, selon les syndicats; Christian Blanc a fumé pour €12.000 de... cigares (pas de moquette!) sur le compte du contribuable (on lui demande de rembourser); Alain Joyandet a obtenu un permis de construire de complaisance (il y a renoncé), le parti socialiste demande la tête de Woerth pour conflit d'intérêts (on fait de tout bois, mais je demande à voir quand eux étaient aux affaires); Royal essaie de revenir au devant de la scène en dénonçant l'annulation du Garden Party de l'Elysée, on entend parler de gèle de salaires mais pas du tout de l'augmentation des SMIC et autres minima en juillet (à m'entendre, on dirait un copain de Besancenot... au fait, il est accusé de séquestration), etc.

    J’en viens donc à ma conclusion de dire que l’équipe de France est ce bouc émissaire don la fonction est de satisfaire à des besoins de troisième mi-temps : si elle gagne, elle porte les joies du peuple et fait le bonheur des politiques ; si elle perd, elle porte ses mécontentements de tout le monde. Dans tous les cas figure, l’équipe de France n’est qu’un intermédiaire pour donner un sens aux humeurs du moment. Cette situation me fait penser au lancer de pièce avant les matches, sauf que le peuple et le politique sont incarnés par l’arbitre : « pile, je gagne ; face tu perds ». Que le match commence !

    Bon courage Laurent  Blanc !

  • Soyez "fiers d'être fonctionnaires": quand "l'hôpital se fout de la charité"

    Cela devrait me faire chaud au cœur en lisant le président de la république qui invite les fonctionnaires à être fiers de ce qu'ils sont. Non mais, c'est vraiment touchant à l'endroit des agents de l'état que de lire "on ne parle pas bien des fonctionnaires. On ne respecte pas assez vos compétences. On ignore les difficultés qui sont les vôtres"; dixit Nicolas Sarkozy, repris par le NouvelObs.com.

    Mais voilà, quand je lis cette belle phrase, je deviens méfiant. Je me dis que ce n'est pas possible. Ce doit être un rêve ; c'est trop beau pour être vrai. Sur le constat, il n'y a rien à redire. Franchement, chapeau! Mais avouons tout de même qu'il y a un air de "l'hôpital qui se fout de la charité" dans ce diagnostique on ne peut plus précis. C'est vrai qu'il ne fait pas bon d'être "fonctionnaire". Nombre de mes collègues n'osent pas dire qu'ils sont fonctionnaires. Quand certains salariés séquestrent leurs patrons pour garder leurs emplois, on nous balance que les fonctionnaires, eux, n'ont pas le droit de se plaindre, de vouloir garder leurs acquis, leurs postes. C'est irrationnel parce qu'au lieu d'aspirer au fonctionnariat, que l'on estime être une bonne situation, autrement on ne jalouserait pas les fonctionnaires, on a légitimé les pires politiques de destruction de postes en tapant sur les fonctionnaires. C'est un sport national.

    904721-1116537.jpg?v=1289399415Car, voyez-vous, être fonctionnaire c'est être "planqué"; c'est avoir une situation bien meilleure que l'autre. C'est du "et moi, et moi, et moi?", quoi. Certains collègues vivent cette haine en parlant de "racisme anti-fonctionnaires".

    Sauf que la jalousie des fonctionnaires est quelque chose qui s'orchestre depuis bien longtemps, aussi bien par des politiques de gauche que de droite. Avec tout de même une accélération grâce à l'idéologie politique actuelle qui a permis de faire passer l'idée complètement irrationnelle que la meilleure façon de régler les problèmes de déficit, des retraites, et tout ce qui va mal dans le pays, c'est de stigmatiser un groupe d'actifs pour finir par niveler par le bas. Combien de fois n'ai-je pas entendu des chômeurs s'en prendre à des fonctionnaires tout simplement parce qu'ils sont "casés". L'image de droite, empruntée sur le net, est assez évocatrice des clichés.

    C'est vrai qu'il y a des avantages dans la fonction publique. Tous les métiers présentent des avantages et des inconvénients. Mais, c'est toujours facile de fantasmer de l'extérieur. Quand maintenant je m'énerve sur des copies de mauvaise qualité, avant, je me grattais, je me faisais jeter par ma femme parce que je sentais l'alcool ! Vous comprendrez plus loin.

    Avant d'être enseignant, j'étais ouvrier spécialisé dans le bâtiment. Certes, je n'avais pas la moitié de mon service à effectuer sur un chantier et le reste chez moi. Non, je n'avais pas autant de vacances. Par contre, pour gagner 1300 euros par mois, je n'avais que mon expérience professionnelle, aucun diplôme. Avec un bac+3, un professeur certifié débutant ne gagne pas beaucoup plus; sachant qu'il faudra à l'avenir un bac+5 pour enseigner. Il faudra voir la grille de salaires qui va avec.

    Le fait de connaître les deux corps de métiers me permet de faire la part des choses entre fantasmes et réalités. Par exemple, même si certains refusent de l'admettre, une heure avec nos enfants-rois maintenant scolarisés peut être aussi fatigant pour un enseignant que l'heure d'un ouvrier avec un marteau piqueur. La seule différence est que les deux fatigues ne commencent pas aux mêmes endroits. L'une est d'abord un épuisement qui peut être psychologique mais qui envahit tout le corps ; l'autre commence par le physique pour envahir l'esprit. Dans les deux cas, c'est l'individu dans son ensemble qui se trouve affecté.

    Avec des classes allant jusqu'à 34 élèves dans laquelle je passe une bonne partie de mon temps à faire le gendarme afin de pouvoir transmettre un minimum; avec des élèves de terminale complètement "pommés"/paumés et qui se plaignent qu'on leur demande de travailler; avec des parents qui n'ont qu'à prendre le téléphone pour qu'on annule un travail de rattrapage, décrédibilisant un enseignant, réduisant à néant tout ce qu'il a construit... je me dis parfois que j'étais bien dans le bâtiment. Au moins quand je rentrais chez moi, je n'avais pas une tonne de copies, presque toutes minables, à corriger.

    C'était aussi bien que cela dans le bâtiment? Non, autrement j'y serais resté. Ce qui me valait d'être labellisé "ouvrier spécialisé" c'était de savoir travailler avec des produits complexes et dangereux; des produits à base de fibres de verre, de la résine (polyester et époxy), de l'acétone et d'autres produits chimiques, dans des espaces parfois réduits (cales de bateaux, cuves souterraines, etc.). Je devais porter un masque pour exercer ce métier. Même avec ça, on plaisantait entre collègues qu'on ne passerait pas à l'éthylotest en cas de contrôle en fin de journée. J'ai beaucoup d'estime pour ceux qui exercent ces métiers difficiles. Mais, j'aspirais à mieux. Et pour moi, ce "mieux" c'était de pouvoir être un jour à la place de mes professeurs. Un rêve de gamin. Benh quoi? On a le droit de choisir son métier, non?

    Fier d'être fonctionnaire? C'est l'estime et la fierté de cette fonction désintéressée qui m'ont motivé et qui me motivent encore. Je suis fier d'avoir œuvré aux côtés de ceux qui construisent physiquement ce pays. Je suis maintenant fier d'œuvrer, à ma modeste manière, à la transmission de savoirs, à aider des jeunes à construire leurs propres systèmes de pensée. Je me demande combien pourront dire dans trente ans qu'ils sont fiers d'être fonctionnaires. Certains le diront peut-être mais d'ici là, le mot ne recouvrira plus le même sens.

    Car être fonctionnaire de nos jours c'est faire partie d'un corps en voie de disparition. Le président de la république, le pourfendeur des fonctionnaires, celui qui a réussi à faire croire que limoger la moitié d'entre eux c'est rendre un service au pays, se prendrait-il à les réhabiliter ? Le sens du mot a dû avoir bien changé. C'est comme dire l'oraison funèbre d'un regretté. Ah, qu'il fut bon d'avoir ce bon vieux statut ! Il nous a rendus bien des services. Vous pouvez être fiers d'être [d'avoir été ?] fonctionnaires.

    Ou peut-être que je me trompe. Peut-être est-il vraiment sincère. Peut-être s'est-il rendu compte qu'on n'avait pas besoin de laisser durer l'exercice du droit de retrait des collègues du lycée Adolphe Cheriou, lequel retrait a été requalifié par un de ses ministres préférés en "grève" afin de pouvoir sanctionner ses fonctionnaires nouvellement rendus fautifs. Peut-être a-t-il décidé de ne plus diviser pour mener sa politique. Peut-être a-t-il "changé". Je ne sais pas pourquoi mais ce mot me rappelle une certaine période électorale.

    Mais, pourquoi pas ? On peut changer, après tout.