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niveau scolaire en france

  • Merci PISA!

    Il fut un temps où les enseignants se réjouissaient de la réussite de leurs élèves au bac. Il fut aussi un temps où ils sympathisaient avec les recalés à l'examen et prenaient le temps de prodiguer les derniers conseils pour le rattrapage. Bref, il fut un temps où les enseignants s'intéressaient intensément aux résultats de leurs élèves au bac, quel que soit ce résultat. Certes, quelques enseignants continuent de se déplacer pour le moment culte et la ferveur nationale quasi-religieuse que déclenche la publication des résultats du bac, mais je ne crois pas trop me tromper à dire que le bon vieux temps révolu.

    Pourtant, les taux de réussite ne cessent d'augmenter: moins de 80% nationalement est maintenant impensable. Ces taux de réussite croissants ne sont-ils pas la preuve que l'éducation devient de plus en plus démocratique et la réussite accessible à tous? Ne sont-ce pas la preuve que même à budget et moyens décroissants, on peut avoir de très bons résultats? Ne sont-ce pas la preuve que les changements de programme à chaque ministre n'entament en rien la pérennité du système scolaire? Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas un plus grand nombre d'enseignants qui se joignent à la communion nationale? Ces résultats ne disent-ils pas tacitement une réussite collective? Ou, la question provoc, les enseignants préfèreraient-ils l'échec à la réussite?

    La réponse à la dernière question va de soi: il faut être masochiste pour ne pas apprécier la réussite. Mais encore faut-il que cette réussite soit réelle et que les chiffres ne soient pas "bidouillés".

    Car derrière nos taux de réussite se cachent une réalité que seule l'université, pour combien de temps encore, et la violence du marché du travail savent mettre en évidence d'une manière que personne ne remet en cause; enfin, sauf les politiques qui ont toujours un faux bouc-émissaire qu'ils font habilement passer pour vrai à force de persuasion médiatique à deux balles. Voilà sinon belles lurettes que les enseignants ne sont plus écoutés sur l'état réel du niveau des nos élèves: non, mais ils ne sont pas crédibles les enseignants avec leurs vacances régulières, leurs 15 ou 18 heures d'enseignement! Oui, c'est leur métier d'enseigner et d'évaluer, mais quel intérêt à les écouter? Ils sont tous syndiqués, ont des tendances politiques gauchisantes, comme si on ne pouvait pas être de gauche et avoir une appréciation juste des choses, voire radicalistes.

    Nos politiques, qui ont politisé l'éducation dans ce pays, qui ont récupéré cette question comme outil d'achat de la paix sociale, comme moyen pour juguler le chômage en rallongeant la durée des années d'études, sont très au fait de la bonne presse (j'ironise sur "bonne presse", bien sûr) qu'ont les enseignants et les fonctionnaires en général. Même si cela n'a rien et ne va rien changer à la réalité de notre métier, je rappelle l'état des lieux extrêmement précis du président de la république en mars 2010. Disait-il: "on ne parle pas bien des fonctionnaires. On ne respecte pas assez vos compétences. On ignore les difficultés qui sont les vôtres" (voir NouvelObs.com). En somme, les enseignants connaissent leur métier et c'est au nom de cette connaissance qu'ils n'ont plus souhaité être comptables de la mascarade des résultats à endormir et qu'ils dénoncent les résultats du bac. C'est qu'il faut entendre ce qui se dit en "salle des profs"; il faut voir comment nos inspecteurs nous demandent de mettre en place les sujets d'examen, les barèmes, les recommandations dans les commissions d'harmonisation (voir note du 5/07/10) pour comprendre que nos 80% + de réussite au bac n'ont que très peu de valeur. Cela se résume à "ils veulent le bac? Donnons-leur le bac!"

    Les enseignants se réjouissent peu, voire plus du tout, des résultats du bac (et du BTS pour certains) parce qu'ils prennent des claques à chaque publication. Ces résultats satisfont les politiques, les parents qui ignorent que la coquille est vide et montrent toujours que les enseignants sont à côtés de la plaque à dire que nos élèves sont mauvais!

    Alors, lorsque des enquêtes indépendantes comme PISA viennent confirmer ce que nous savions et dénonçons depuis des années, je dis merci de réhabiliter notre honneur! Même si ces résultats ne seront que prétextes à endormir en annonçant des "plans" qui, s'ils aboutissent un jour, ne changeront rien à la réalité tant qu'on n'aura pas décidé de régler les vrais problèmes de société qui se déversent dans le système éducatif de ce pays. Au lieu de prendre ses problèmes à bras-le-corps, nos politiques ont développé une fâcheuse propension à annoncer des changements sans évaluer profondément les précédents programmes. Comme si ce qui nous est annoncé aujourd'hui n'est qu'une marque de lessive dont la qualité et la durée de vie sont d'une subjectivité telle qu'on n'a aucun remord à les rendre caducs à tout moment en annonçant "mieux" le lendemain.

    On veut toujours nous faire croire que ce qui se passe ailleurs est mieux et qu'il faut l'importer chez nous et avoir des résultats tout de suite alors que ces solutions que nous voulons importer sont en place depuis des années et qu'ils répondent à des réalités culturelles qui diffèrent des nôtres.  Vouloir importer des solutions tout comme on importe du "made in China" tendrait à faire croire que nous sommes tellement mauvais dans ce pays que nous ne sommes pas en mesure de penser les solutions qui correspondent à notre propre réalité. Cela dit aussi que nos politiques, qui font ces annonces, qui nous disent que c'est la mondialisation et qu'il faut "penser global", ne vont pas au-delà des diagnostiques de façades "en local", qu'ils font peu cas des acteurs de terrain, qu'ils n'écoutent pas nos propres experts, démarche qui nous permetrait d'être nous-mêmes, et non la copie d'un autre système, dans la mondialisation... Enfin, qu'est-ce que je raconte? Même si ce ne sont pas LES acteurs, on a écouté DES acteurs: j'ai oublié l'enquête de Richard Descoings qui s'intéressait principalement aux élèves. Malgré ses limites, il faudrait se demander ce qu'elle est devenue. J'ai ma petite idée. Pas vous?

    Une fois de plus, malgré mes réserves sur certaines préconisations, je dis merci à PISA. Il y aura certainement beaucoup de couleuvres à avaler jusqu'à la publication de la prochaine enquête en 2013. Mais il faut espérer que les enseignants n'auront pas avalés ces couleuvres pour rien.